Yoweri Kaguta Museveni: 

Un exemple d´élite embrouillée,

plus défaillante et propagandiste qu´élogieuse ?

Court aperçu historique.

Lorsque le 9 octobre 1962 l´Ouganda devient indépendant de l´empire britannique, il est encore décentralisé et sera gouverné par le roi bougandais reconverti au titre de président à vie : le Kabaka Mutesa II.

Milton Obote, fondateur, en 1960 du Congrès du peuple ougandais (UPC: l'Uganda People's Congress), devient Premier ministre. En 1966, excédé par la décentralisation et les querelles des peuples nilotiques du nord et ceux des bantous du sud, le premier ministre Milton Obote, avec l´aide de son chef d´Etat major Idi Amin, dépose le roi président à vie et prend le pouvoir.

La résistance des Baganda, que la politique de nationalisation du commerce entreprise par Obote menace directement dans leurs intérêts, la dégradation économique et les accusations de corruption se conjuguent pour déstabiliser Obote.

Le 25 Janvier 1971, Idi Amin Dada prend le pouvoir par un coup d'État et instaure une dictature de la terreur, du crime et de la répression politique.

En 1978 l'Ouganda frôle la faillite, et le gouvernement ougandais est aidé financierement par les états arabes amis d'Idi Amin Dada.

En Avril 1979, Idi Amin Dada est renversé avec l’aide de l'armée tanzanienne. Il est exilé en Arabie-saoudite. Julius Nyerere favorise le rétablissement d'un régime civil. Cependant, les troubles se prolongent et, après que trois présidents se soient succédés à la tête de l'Ouganda, Milton Obote, dont le parti, l'UPC, est sorti vainqueur des élections de décembre 1980, revient au pouvoir. L'économie du pays est dans une situation désastreuse, le taux d'inflation dépasse 200 %, une famine décime le Nord.

- 1981 : Après le retrait des troupes tanzaniennes, l'opposition est brutalement réprimée. Cent mille Ougandais trouvent la mort, tués ou affamés. L'opposition au régime est double ; d'une part, dans le Nord, les commandos armés des fidèles d'Amin Dada, d'autre part, dans le Sud baganda, l'Armée nationale de résistance (National Resistance Army, NRA), dirigée par Yoweri Museveni, un Banyankolé, formé en Tanzanie et au Mozambique. Au sein de l'armée nationale s'élève une nouvelle contestation, après que Milton Obote ait confié les principaux postes politiques et militaires aux membres de son ethnie, les Lango.

- 1985 : Un coup d'État, mené par le général Tito Okello, nordiste, appartenant à l'ethnie nilotique des Acholi, renverse Obote qui se réfugie en Zambie.

- Janvier 1986 : Après quatre jours de combat à Kampala, la NRA porte son dirigeant, Yoweri Museveni, au pouvoir. Il y restera 20ans et sera réélu le 23 février 2006 avec 59,28% des suffrages contre son adversaire Kizza Besigye qui n´avait obtenu que 37,36%. En disant "Le conflit dans le Nord est fini. Nous avons vaincu Joseph Kony (le dirigeant de l'Armée de résistance du Seigneur, LRA). J'étais récemment à Karamoja et je rentrerai dans quelques jours pour achever le désarmement des Karimojong", a-t-il dit avant d'ajouter : "Ainsi, l'Ouganda sera totalement pacifié et se consacrera au développement", il semble bien décidé à mettre son pays sur le droit chemin.

Sur la personne même de Museveni, il faut dire qu´il a fait de bonnes études et a fréquenté la fameuse université marxiste de Dar es-Salaam en Tanzanie de 1967 à 1970, où il rejoint les mouvements nationalistes radicaux et devient président du Front des étudiants africains révolutionnaires (USARF). C'est au sein du Front de libération du Mozambique (Frelimo), qui combat le pouvoir colonial portugais et qu'il apprend les techniques de la guérilla.

Par son aspect de révolutionnaire populaire marxiste, dès sa prise de pouvoir, il attira les occidentaux qui trouvèrent en lui l´occasion de « récupérer » ou de reconvertir un gauchiste africain à leur cause et sous ce paravent politique, ils voulaient accroître et promouvoir leurs intérêts. Museveni s´y prêta, et bientôt son pays fut envahi par l´aide bienveillante des pays occidentaux qui chantèrent son éloge et le primèrent en exemple africain de reconversion utile et fidèle au capitalisme. Il nagea dans l´aide au point que 50% de son budget constituait cet argent facile, mais cependant meurtrier. Et c´est ce qu´il n´avait pas compris ; et pourtant, il avait fait des études économiques ! On l´avait vendu à l´échec pendant que lui contait et acclamait les sournoises dispositions occidentales. Quand il se réveilla, il était, après vingt ans, au point de départ. Et ce réveil ne plaisait plus aux occidentaux qui vont lui reprocher son manque de flexibilité, son autocratisme qui hier encore leur avait plu, mais dans la stratégie occidentale, il est grand temps de trouver un autre candidat au sommeil, plutôt qu´un Museveni en rage parce qu´il avait, malgré tout, été mené en bateau pendant vingt ans.

Et il n´aurait pas tord : ces vingt années perdues pour le peuple ougandais auraient pu être très fructueuses s´il avait pris la peine de se concentrer plus profondément sur l´avenir de son peuple : sur son instruction et sa capacité à produire ses propres instruments de réalisation. Incontestablement. Et aujourd´hui ce peuple aurait développé plus de possibilités de réalisation et de créativité qu´il n´en possède présentement. Un des seuls pays qui l´a compris en Afrique noire est le Sénégal qui développe, touchons du bois, un existentialisme conscient et réfléchi. Sait-on que ce pays monte, en coopération avec l´Inde ses premiers véhicules de transport communautaires ? Et la petite et moyenne entreprise, la formation technique et l´éducation y sont des secteurs économiques largement encouragé et entretenu. Bravo. L´avenir n´appartient pas à ceux qui veulent l´acheter clé sur porte, mais comme le disait Malcolm X : «The future belongs to those who prepare for it taday »

Que va faire Museveni en cinq ans qu´il n´aurait fait en 20 ans ? Il a beau crier qu´il allait se mettre avec une énergie rageuse au service de son peuple, le temps perdu ne revient pas. Il est un exemple de l´élite africaine : naïf et plutôt prétentieux qu´efficace. Et même s´ils ont fait de hautes études économiques, leur saisie et compréhension de la réalité qui les entoure, et surtout de l´avenir profond de leurs propres peuples est des plus superficielle.

Ceux qui aiment à copier l´occident aveuglément, et il est vrai que ceux-ci se prêtent volontiers à l´exemple faussement gratuit, oublient que ce continent est un des plus criminels de la terre, que ce calme prospère que ces pays fêtent depuis 60 ans n´est en vérité qu´une heureuse période succédant à des siècles de crimes, d´intrigues, de massacres et de révolte en tout genre. Et qu´il est bien sage de se dire que ce chemin ne doit pas être nécessairement celui que tous doivent prendre.    

Certes, pour changer les hommes et les femmes d´une nation, leur apprendre à découvrir, à chérir et à encenser un idéal commun exigeant d´eux qu´ils s´instruisent, qu´ils s´émancipent face à leurs défauts et à leurs erreurs et produisent volontairement et amoureusement le refuge dans lequel ils voudront abriter la plus belle femme de leur propre histoire : la liberté, il faut plus de qualités, plus de caractère et d´amour qu´on ne le pense. Beaucoup plus que bien d´amateurs du pouvoir en Afrique n´en possèdent. Tous veulent, ou peuvent même être ou devenir chef, mais ce que cela signifie en devoirs et responsabilité…c´est là que le bas blesse. Et le peuple lui, n´est gagnant que si les meilleurs de ses fils lui ouvrent leurs bras et lui offrent le meilleur d´eux-mêmes, dans un monde trouble, rapace, sournois et trop souvent faux ; mais dans lequel ce peuple, malgré tout, a la volonté et le droit d´exiger de pouvoir cultiver les fleurs les plus belles de son âme.

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu. 

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