Romano Prodi ou le retour à la démocratie propre

Ciao Berlusconi : la brute est tombée

« La liberté, il faut savoir l´aimer, la construire et la défendre ; en tout cas, il vaut mieux

la faire que de la subir. »                           Musengeshi Katata

L´Italie démocratique accueille avec un soupir de soulagement la victoire de Prodi ; même si celle-ci est minime. Une victoire est une victoire. Et ce changement, sans trop y croire, fait soupirer d´aise toute la communauté européenne, surtout les milieux officiels qui avaient la contrainte de partager avec ce représentant italien monopoliste des médias aux relents de faits accomplis de mafiosi dans l´exercice de ses fonctions, et que plusieurs juges tentaient en vain de traduire devant une justice équitable pour qu´il rende compte de ses méthodes musclées d´achat, d´appropriation, et d´éviction de concurrents indésirables à son imperium. Tout y était : depuis la corruption et l´abus évident  du pouvoir, incitation à la débauche et à la fausseté politique. Au plus ce Brutus de la politique devenait riche et influent, au plus Il devint insaisissable pour les juges qui l´accusèrent de faux au bilan, d´escroquerie à l´imposition, d´appartenir à la mafia et à la célèbre loge P2 des francs-maçons italiens qui, comme on le sait, ont été aussi mêlés à l´assassinat de John F. Kennedy. La brute, l´immonde démagogue avait, dans l´immobilier et les médias, rassemblé une fortune de 11 milliards € ! Et cependant, il a été remercié.

Quelques uns de ses électeurs se sont longtemps laissés abrutir et dévoyer par ses allures imposantes et son insolente fronderie ; comme le peuple peut souvent être aveuglé ! Ceci doit donner aux peuples européens une bonne leçon démocratique sur l´efficience, la raison et les intérêts politiques supérieurs de la chose publique, et partant, des valeurs intègres et transparences de l´exercice du pouvoir démocratique. Ni au centre de l´Europe une telle grossièreté, un tel arrivisme déjouant autant le but que la portée du pouvoir politique n´a à ce point sali la représentation et l´exercice d´un gouvernement européen que celui de Berlusconi. Et ses collègues de l´Union européenne, respirent enfin. La promiscuité de ce flibustier et pirate politique avait terni, tout le temps de sa douteuse législation, l´humeur silencieuse mais choquée de ses collègues hautement informés sur ses méthodes et son manque évident de scrupule. Quand une loi le condamnait ou le gênait, avec sa majorité de fascistes et de partis extrémistes, ils la changeaient tout simplement. Quoi de plus facile ! La démocratie, c´est moi, mes désirs et mes intérêts. Incroyable.

L´Europe centrale respire enfin que monstre soit légalement tombé. Et cependant, ces européens qui aiment à donner des leçons de démocratie de par le monde doivent bien se tenir le nez : comment expliquer qu´un tel monstre soit parvenu à investir le pouvoir dans un pays aux traditions démocratiques affirmées ? Et ce peuple, ou cette partie du peuple qui l´avait élu, et presque réélu à la tête de ses institutions ; que pouvait-on en dire ? Faible d´esprit et inapte ou aveugle à la véritable démocratie ? Ou devait-on dire, comme le fasciste Mussolini aimait à le dire : « Le peuple est une putain qui préfère le mâle le plus fort » ?  En tout cas, la gouvernance politique de cet homme a détruit, sur la scène politique européenne la fierté institutionnelle et l´éthique politique dont ce continent se vantait. Et on se demande si un Hitler, un Franco, un Mussolini…ou un Berlusconi n´émergera pas de nouveau un jour pour salir et éclabousser tout le monde.

Pour le Congo qui va bientôt aller aux élections présidentielles, cette épisode italienne peut être d´une richesse éloquente : ce n´est ni la richesse personnelle, ni la fronderie et encore moins la fourberie imposante d´un candidat qui compte, mais bien ses valeurs intègres et son efficacité à promouvoir et à défendre le bien être de la nation toute entière. Si un Kabila va s´agenouiller devant les sénateurs belges le 10 février 2003 pour chanter les louanges d´un criminel tel que Léopold II, et par là même injurier Patrice Lumumba et Simon Kimbangu qui ont été les victimes de l´hérésie coloniale du peuple belge, on se demande si ce n´est pas un Berlusconi noir qui laissait, comme son homologue italien, le peuple nager dans la misère et le marasme économique, pendant que lui et ses pairs se remplissaient les poches et la gorge. Et depuis que ce triste sire est au pouvoir, ce n´est que guerre, misère et désolation. Les kimbanguistes et les lumumbistes allaient-ils vraiment s´abaisser à légitimer quelqu´un qui leur crachait au visage ? Le peuple du Congo-Zaire n´avait-il pas encore assez d´être trompé et injurié ?

Faudra-t-il que le peuple congolais continue à mourir de faim, à souffrir de privation et de manque pour qu´il apprenne un jour qu´il avait élu un usurpateur brigand et un incapable à la tête de ses institutions ? Il suffit pourtant d´un vote conscient et raisonné pour se préserver de la honte et de la misère. Voter juste, c´est se respecter soi-même, et donner à l´avenir une voix plus constructive, plus généreuse. L´art d´aimer sa vie, son histoire, ses valeurs et d´assurer celles de ses enfants, de tous les siens. Le vote qui sauve, mais aussi celui qui honore. Aujourd´hui, demain, toujours. Un acte, un bout de papier qui en dit long sur la maturité et l´intelligence d´un peuple. Un acte de liberté, pas un acte de légèreté.

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

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