Ou le rapport entre l´existence et sa finalité

Du devoir de la conscience d´être à celle de devenir

«Toute personne qui exige d´une autre silence, soumission ; lui refuse ses droits légitimes à la libre et souveraine évolution sinon que comme sa chosification et son instrument sociohistorique, est le primitif le plus dangereux de l´existence humaine.»  Musengeshi Katata

Un ami m´a posé la question : « Quelle est la distance la plus courte : celle qui mène à la conscience, à son organisation et son application réelle vers la réalisation sensible ; ou celle qui dans notre lutte contre la domination occidentale, le moment où celle-ci nous reconnaîtra enfin comme partenaire sociohistorique égal, et où nous pourrions enfin nous atteler librement à notre souveraine réalisation ? Belle question, ai-je pensé, pressentant que celui qui m´avait posé cette question voulait, comme tout être humain, chercher à choisir le raccourci du moindre mal, celui où il pourrait non seulement gagner du temps, mais aussi s´épargner des efforts ou des douleurs inutiles (Mais qui lui en voudrait quand on connaît toutes les cruautés et les vicissitudes qu´on subi les esclaves, les colonisés africains, les indiens d´Amérique exterminés ou les juifs de l´holocauste ?). Je lui ai répondu : «  A mon avis, ces deux moments étaient équidistants et portaient l´un et l´autre le même poids de motivation, de réalisme ponctuel et affirmé face à tout danger qu´il fut interne ou externe à la réalisation.» Et au point où nous nous trouvons, où douleurs et empêchements à la liberté avaient déjà été exercés sur nous pendant de longs siècles, les choses se corsaient parce que les raisons qui ont été à la base de ces humiliations et de ces cruautés, avaient-elles disparu ou pas ? Je parle des matières premières, du marché commercial africain ; l´occident pouvait-elle dire qu´elle se suffisait à elle-même ? Parce que sinon, cette composante devrait connaître un équilibre partagé, au risque de rester un danger permanent pour ceux qui détenaient ces matières premières et se trouvaient dans la fâcheuse position de ne pas savoir les défendre militairement. C´est pourquoi je parle souvent d´équidistance, et de reconnaissance absolue au partenariat existentiel. Je sais, il est difficile d´expliquer à tout le monde que ces matières premières n´étaient pas éternelles, et donc qu´il fallait en user consciencieusement, sans abus. Par ailleurs, il était tout à fait mesquin si pas sournois d´utiliser le profit effectué avec la transformation et la commercialisation des produits finis de ces matières premières pour revenir opprimer ceux qui les possédaient, ou les étouffer en leur imposant d´acheter ou de consommer des produits qui endiguaient leur développement. C´est ce dilemme que beaucoup ne comprenaient pas, et qui cependant se déroulait sous leur yeux et leur ruinait les finances et l´avenir.

La conscience, à mon avis, est à la fois la définition la plus motivée de l´existence, autant qu´elle est l´instrument le plus organisé et le plus rationnel de la perception, de la conception et de l´exercice de la réalisation sensible. Elle est réalisance, c´est à dire le début conscient, sa logique de réalisation et sa finalité existentielle. On ne peut pas se réclamer de la conscience si on fait, pour une raison ou pour une autre, continuellement défaut à sa réalisation ; tout autant qu´on ne peut pas la collectionner comme un objet de relique historique, ou même en abuser pour exercer des excès. Car elle est équilibre vivant et permanent de recherche d´harmonie et d´universalité en ce sens qu´entre la réalité et l´imaginaire, elle est à la fois sensibilité cultivée, épanouie que jouissance paisible et harmonisée de la vie.

Le devoir de réalisation, de finalisation de l´expérience sensible est donc un droit légitime et absolu qui ne peut souffrir ni d´interruption, d´interdiction, ou d´abolition permanente ou momentanée. A moins que, dans le cas d´un assassin ou d´un criminel dangereux à la société, à ses convives, qu´elle ne soit empêchée à porter préjudice aux autres. Et quelques fois aussi à elle-même.

La conscience, n´en déplaise à ceux qui l´exerce en s´y dérobant, ou ceux qui l´exerce en vouant les « autres » au prix douloureux de son avènement au sein de la société, de la culture, est un processus cognitif et créatif à la fois douloureux, émancipant que libérateur, critique et réalisant parce qu´il permet de cultiver, d´exercer et d´épanouir la sensibilité dans toute ses saines ambitions. Son tourment s´appuie sur les valeurs les plus belles, les plus communes de la nature, et sur l´éthique et la morale dont elle est le compas d´orientation. Elle est à la fois un phénomène individuel, collectif et s´assume pleinement sans faux fuyant. Parce que sinon ce ne serait qu´un paravent sans âme : un faux dangereux.

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

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