30 janvier 2007
Sur les manifestations américaines contre la guerre irakienne
Le peuple serait-il abusé, ou se serait-il réveillé trop tard ?
Le peuple américain est-il impuissant face au bellicisme arrogant et gratuit du bushisme ?
« Il faut avoir la force de sa raison et non la raison de sa force. »
Massa Makan Diabaté. Extrait de : Une hyène à jeun.
27 janvier 2007. Dans plusieurs villes américaines, des manifestations nombreuses ont protesté contre l´intention de leur gouvernement de prolonger la guerre irakienne en y envoyant notamment de nouvelles troupes fraîches (21.500 soldats). Au moment où presque tous les alliés se retiraient discrètement la queue basse, et que ni les buts faussement prétextés pour justifier ce bris de la souveraineté et de l´intégrité irakienne ne rendent à ce pays sa paix et son unité gravement perturbée, Georges Bush, le président américain, et ceci malgré les remontrances des démocrates, s´obstinait à perpétuer cette fallacieuse vendetta. Plus de 3.000 morts, 22. 000 blessés américains depuis 4 ans, n´était-ce pas assez ? N´oubliait-on pas par hasard que les 300.000 morts irakiens, les blessés, la détérioration des structures sociales en Irak, mettaient ce pays à mal, sinon le vouaient inévitablement au désordre et au chaos ? Ces irakiens, ne leur avait-on pas enlevé ou refusé à des droits que même le peuple américain et le monde entier considéraient comme des droits incessibles, inviolables ?
Le monde entier reste aujourd´hui coi devant, autant les conséquences humaines que les portées juridiques avilissantes d´autant de délinquance militaire. Et si au début le mensonge avait trompé et aveuglé les naïfs, au fil des jours la vérité avait fini par reprendre surface. Mais le mal, lui, comment le changer, le faire disparaître aujourd´hui ? Y mettre fin comme si tout cela n´avait été qu´un innocent malentendu ? Comment y parvenir si le délinquant, de peur de porter le chapeau humiliant de la défaite, se refusait à entendre raison et mettre fin à cette sanglante et injuste mascarade. Du coup les démocrates américains qui avaient, conjointement avec leurs confrères républicains au Sénat américains, donné tous les pleins pouvoirs pour entreprendre cette vile et fallacieuse guerre à leur président, et - rappelons-nous, même du droit d´user de la bombe atomique envers ce pauvre pays ! – aujourd´hui, en majorité dans les deux chambres de contrôle et de conseil du pouvoir, mieux éclairés par les dessous de ce subterfuge militaire et alarmés par ses effets négatifs, se retrouvaient du même côté que ceux qui, dès le départ, ne s´étaient pas laissés berner. Et le peuple, dans tout cela, tout en sortant de son tardif sommeil, ne portaient-il pas lui aussi la responsabilité de ce qu´il avait, lui aussi, cautionné en réélisant Bush au pouvoir ? A ce qu´il semble, ni l´expérience de la fausse guerre du Vietnam, ni la lucidité démocratique ne semblaient avoir produit dans la société américaine un jugement qui permettait de saisir et de comprendre la portée de certains actes négatifs de son propre pouvoir exécutif, afin, le cas échéant, de s´opposer à leur entreprise. A croire que lorsqu´on parle de guerre, les américains se laissent toujours facilement convaincre ?a tuer d´abord, quitte à manifester et protester plus tard. Ce genre de démocratie, où menait-il ?
Le bourbier irakien, lui, de jour en jour devenait pourrissant et éclaboussant pour tous : pour les européens qui fermèrent les yeux, pour l´ONU impuissante et déjouée jadis, pour tous les pays qui se laissèrent atteler comme des mulets sans jugement de valeur à cette incroyable abus de droit et des libertés, pour le reste du monde qui attendait de cette grande nation américaine qu´elle soit à la hauteur de ses ambitions démocratiques. On avait beau arguer qu´on avait aidé un peuple à se débarrasser d´un dictateur ; ce prétexte qui venait après une longue suite de mensonges après coup, n´était que des plus noyant dans l´indécence et l´immoralité juridique. Car on se demandait pourquoi le dictateur Pinochet n´avait-il pas été livré à la justice et exécuté, ainsi par ailleurs que Lukaschenko ou bien de dictateurs africains alimentés en armes et en moyens financiers pour les soutenir dans leurs œuvres insalubres et destructives des droits et des libertés de leurs peuples ? Ou alors, depuis quand un état avait-il le droit d´envahir un autre en souillant sa souveraineté et le droit international pour se débarrasser d´un gouvernant que ne lui plaisait pas ? Ce genre de lésions occultes du droit et des libertés des états et des peuples, si on les entérinait, n´ouvraient-ils pas sur directement sur des actes de piraterie et de viol irréparables du droit international conduisant au chaos et à miner la paix et la souveraineté des Etats ? Comment réagirait donc l´Amérique si une autre Etat, ou même un groupe d´individus se donnaient le droit de violer ses frontières et de décider qui gouvernerait ce pays ? On l´a vu avec les talibans, la réponse américaine n´avait-elle pas été instructive et plutôt radicale qu´entachée du célèbre pardon chrétien ?
Cette histoire irakienne a révélé que, même dans la démocratie américaine, il existait un parallélisme dangereux entre les intentions du pouvoir, et les aspirations démocratiques et paisibles du peuple ; peu s´en faut. Et si l´un, tout en prétendant représenter valablement l´autre dans ses aspirations, ses attentes et ses intérêts, avait les moyens de fausser l´opinion de l´autre ou de la manipuler pour entreprendre ou justifier ses propres ambitions et leurs buts douteux, le peuple, lui, ne l´apprenait que trop tard, ou se laissait, après vote, conduire malgré lui par des sentiers inconnus. Ce qui pose, naturellement, une épineuse question : celle du rôle de ceux qui étaient tenus de contrôler et de conseiller le pouvoir en démocratie. Car si eux fermaient les yeux ou s´acquittaient mal de leurs devoirs…les résultats, on les voyait dans cette affaire irakienne. Et malgré toutes bonnes manifestations populaires (on se souvient qu´elles ont eu lieu dans le monde entier notamment pendant la guerre du Vietnam, ce qui n´a pas empêché cette guerre de se produire et de faire, sous l´égide du douteux Kissinger, de nombreuses victimes innocentes de part et d´autre), malgré toute majorité actuelle des démocrates dans les deux chambres de contrôle et de conseil du pouvoir américain, et grâces aux prérogatives constitutionnelles militaires du président Bush, le scandale de la guerre irakienne continuera. A moins que…le président américain lui-même n´arrive à la conviction que perpétuer cette hérésie ne menait ni à la victoire ni au respect international du droit, mais bien à la destruction de la réputation du sens démocratique de l´Etat américain, de son peuple, et de ses institutions.
Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu
Forum Réalisance
29 janvier 2007
Taubira tournerait-elle le dos au PS ?
Sur le refus Taubira d´être porte-parole de Ségolène Royal
Porte-parole de quelle politique ?
Commentaire sur Afrikara.
Ne soyons pas aveugles, Christiane Taubira a refusé d´être le perroquet de Ségolène Royal, mais elle participera tout de même activement à la campagne socialiste. Et si vous voulez mon avis, elle est montée d´un nouveau cran dans mon estime. Sa décision montre qu´elle a bien, comme ZB l´a analysé, compris ce qui se passe autour d´elle. Cette femme n´est pas seulement belle, elle est aussi intelligente ; qu´on n´en doute pas. Et sans être amers ou individualiste, je prétends que ce n´est pas le refus d´investiture de la candidature de Taubira qui l´a froissée, mais le contexte. Tout cela semble méconnaître ses mérites, ses qualités…et laisse un lourd relent de sentiment selon lequel une noire ne peut que représenter efficacement les français sous une tutelle blanche. Et ici ce n´est ni du racisme de ma part, ni un quelconque séparatisme ; mais bien une réalité qui s´accorde avec l´analyse de ZB. Car ce qu´on semble craindre en France, c´est exactement l´étincelle qui organiserait un parti politique entièrement noir. Ce risque est d´autant renforcé qu´au parlement européen l´extrême droite a atteint, avec l´entrée de la Bulgarie et de la Roumanie dans l´Union, la grandeur d´une fraction (20 membres). Et c´est dire qu´elle va faire partie de l´institution administrative officielle du parlement. Elle pourra prendre plus activement part aux décisions et aux dispositions de l´organisation des débats parlementaires. Les démocrates européens classiques ou conservateurs sont naturellement choqués, parce que ce qu´ils cachaient depuis longtemps est venu à jour, et exige une cohabitation qui risque, si la tendance raciste et discriminatoire en Europe s´accentue, de prendre des tournures douloureuses.
Et dans ce contexte, si les noirs arrivaient eux aussi à s´organiser, ce qui leur revient de droit face à cette légitimation droitiste, au lieu de se battre contre un front en entretenant son faux paternalisme envers les noirs, ils seront obligés de se battre à deux fronts. Avec le danger que la confrontation en sandwich ne révèle bien de désagréables vérités sur la francafrique, par exemple, ou les sournoises stratégies avec lesquelles ce parlement s´est jusqu´à ce jour imposé en Afrique. Et c´est bien dommage pour les noirs qu´ils ne comprennent pas ce qui se passe au niveau politique européen, quoique je concède à Christiane Taubira de l´avoir parfaitement compris. Et c´est peut-être la raison de sa distance, afin de garder sa chère et haute dignité. Car, ne soyons pas aveugle, il semble bien que l´antagonisme classique politique droite - gauche, comme aux Etats-Unis, entre démocrate et républicain, semble s´effacer devant…les noirs ! Ceux-ci sont alors trompés, menés en bateau, trompés et ridiculisés dans leurs attentes. L´union blanche et alors plus unie que jamais. S´en étonne-t-on ? Pas du tout, quand on voit que la race noire (et ceci est flagrant) souffre encore d´un tel complexe d´infériorité, d´un tel manque de confiance en soi, qu´elle a difficile à s´organiser dans quelque homogénéité que ce soit pour mieux défendre ses intérêts légitimes. Cette dissension ou tendance réfractaire à la politique d´ensemble a rendu les noirs vulnérables et instrumentalisables à souhait. C´est pourquoi notamment, en Afrique ou dans les organisations internationales, ils ont toujours perdu. C´est en réalité ce qu´il faut changer, chez l´africain et l´afrodescendant : cet individualisme délirant et privé de tous les avantages communautaires de la force, de la puissance et de la responsabilité efficace et diversifiée du nombre. Parce qu´à force de se laisser moutonner par la race blanche ou arabe des siècles durant, on en perd le sens profond et objectif de l´organisation et la promotion de ses propres revendications existentielles, sociales. On ne voit les choses que sous le prisme déformé du dominé, celui du maître ou celui rétracté d´un combat défensif sans fin ; or, ces temps-là sont révolus. Mais comment sortir des puissants et insidieux méandres psychologiques de la chosification pour avoir accès à soi-même et à la liberté qui nous étreint et nous dévore chaque jour ? Là est bien la question.
-
Les blancs, eux savent ou croient depuis des siècles qu´ils sont capables, créatifs et imposants ; leur domination financière, technique, militaire actuelle le prouve. Mais les noirs, de quelles réussites durables peuvent-ils, en tant que communauté, se réclamer aujourd´hui ? Des pyramides et des pharaons ? Dépassé, tout cela, toutes ces connaissances ont été soit perdues, soit elles n´ont pas résisté à l´érosion et les invasion étrangères qu´elles ont subies. Aujourd´hui ces pyramides ne servent qu´à attirer les touristes, à une vulgaire fin mercantile, somme toute. L´Egypte et le Soudan actuels sont-ils à la tête de la technologie et de la technicité mondiale ? Pas du tout ! Les arabes font beaucoup de bruit, mais à part leur Coran, c´est plus de vent que de résultats réels. Et il est bien sournois, à mon sens, de vendre aux gens une religion en place de moyens techniques, pratiques et usuels pour résoudre les problèmes accrus de l´existence. Ceux qui s´y laissent abuser sont infantiles et idiots. L´avenir des êtres humains, de leurs libertés et de leur réalisation sensible dépend de leur créativité et de l´intelligence avec laquelle ils résolvent et appréhendent leurs difficultés, pas à quel Dieu ils vénèrent ou à quelle religion ou église ils prient.
C´est pour tout cela qu´il ne faut pas se faire d´illusion, et aller plus profondément dans les choses et notre conscience afin de motiver et consolider nos propres intérêts, savoir où nous en sommes et quels sont nos devoirs envers nous-même, et quels sont nos ennemis ; que d´être, comme une commune prostituée ou un vulgaire instrument sans droit, aveuglément attelé au profit, employé à tous les loisirs politiques. Et dans ce sens, j´ai compris et admire la démarche de Christiane Taubira qui veut dire : ensemble, oui, mais mon discours est solennel parce qu´il revêt les attentes et les combat de mes convictions et celui des miens. Et ceci constitue ma personnalité politique intègre et inébranlable.
Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu
Sur le rôle de la formation et de l´information en société
L´Afrique trépigne-t-elle parce que, notamment, elle néglige d´actualiser, de mobiliser ses ressources et ses vecteurs de connaissances pour son développement ?
Formation, information pour un réalisme de production
« On prétend faire des révolutions, en copiant et en pastichant mal - moyennant aussi l'ignorance d'un public hypercivilisé et néo-analphabète - les derniers grands moments de la culture occidentale. » Cornélius Castoriadis
On peut définir sa liberté, son existence selon beaucoup de critères : selon le lieu ou la société où ont vit, selon ses moyens et ce qu´ils permettent, selon son intelligence ou sa sensibilité, ou encore selon ce qu´on considère comme étant un droit humain légitime (Ne soyons cependant pas obtus et considérons que le droit engendre ou est attenant à l´obligation, au devoir). Toutes ces définitions, pour peu subjectives qu´elle soient, sont toujours liées à leur praticabilité réelle, à leur assouvissement. Et en fin de compte, avant de jouir de quelque chose, nous devons d´abord le produire ; ce qui veut dire que la liberté ou l´existence sont aussi une définition, le résultat de la production et des formes ou principes de production. Ne pas produire ou être empêché à la production, dans ce cas, c´est se priver tout simplement de droit, de jouissance, de liberté.
L´Afrique se trouve dans un manque flagrant de production, n´en déplaise à ceux qui veulent faire croire aux africains qu´ils sont en manque de…consommation, d´équippements, d´identité ou même d´histoire ! Ces faussaires logiques sont nombreux et empressés à cacher ou à embuer la vérité. A quels buts ? Ce sont d´une part les élites fantoches et les gouvernements aliénés qui, pour jouir du pouvoir aliéné, s´empressent de légitimer ou légaliser les importations en armes, en bibelots de consommation de leurs souteneurs étrangers. Car ces derniers, eux, bien conscients de leurs devoirs de production, nécessitent des acquéreurs, et naturellement des sources bienveillantes de matières premières. Et plus ces acquéreurs sont isolés de leurs devoirs envers leurs peuples, dépendants, et plus ils sont corruptibles et influençables au possible à la cause de leurs protecteurs. Vive la francafrique ! Cette situation crée, pour tromper les attentes du peuple, outre un délaissement de promotion et d´organisation sociale (après tout, l´importation coûte cher, et ce n´est pas dans l´intérêt de l´emprise francafricaine que les nationaux se mettent à concevoir et à produire leurs propres moyens existentiels parce qu´alors, leur profit disparaîtrait), il dévoie aussi la logique sociale et la corrompt en la faisant tourner délibérément en rond. On assiste alors à un curieux phénomène de superficialité intellectuelle : le discours de la connaissance, au lieu d´aboutir à sa réalisation, ou du moins à chercher et entretenir un réalisme social débouchant sur la production et l´assagissement des besoins et des attentes, celui-ci s´abâtardit par des sentiers étroits, disparates et, en fin de course, plus dispendieuses d´énergie et d´effort que d´efficacité.
Les meilleurs journalistes sont muselés, si pas assassinés sans vergogne. Et ici je ne parle pas du faux journalisme des libertés, ainsi que les ONG des droits des hommes qui ont poussé comme de la mauvaise graine en Afrique. Cette variante très subtile cache, à mon avis, un beau mensonge selon lequel la liberté se fait en la réclamant verbalement. Quand commencera-t-on enfin à produire ? Si toutes ces associations réclamaient des financements à la productions de biens de réalisation, du travail, des centres de formations professionnelles, d´une protection contre l´envahissement du marché par les produits étrangers ; je n´aurai absolument rien à y dire. Mais faire croire aux gens qu´on défendait la liberté verbalement ou en criant plutôt qu´en produisant, cela soulève mes soupçons. Et je me dis qu´il y a ici un faussement volontaire des priorités. Et ce sentiment s´accroît lorsqu´on voit que ces ONG sont soutenues par l´étranger, mais ce même étranger se refuse à investir dans l´emploi et la production africaine. Pire : ils ferment leurs frontières aux produits africains tout en envahissant ce continent avec leurs surproductions ! Quant aux intellectuels avertis ou détenteurs de hautes qualifications, ils ne trouvent pas emploi et doivent s´expatrier. Mais qui diable fera le progrès ? A peine avions-nous loué le sénégalais Wade dans sa résistance contre l´émigration que la France le conviait à Paris pour la distribution des prix francafricains et lui décernait une pompeuse et plutôt moqueuse décoration. Si ce n´était pas du pire mauvais goût. On le vit cependant, comme un élève à l´école du dimanche, venir prendre sa couronne en bois. Pourquoi l´avait-on récompensé, au fait ? N´était-ce pas de son devoir de défendre les siens ?
Et malgré tout cela, j´exhorte les journalistes, les intellectuels africains et ceux qui ont compris le problème à attirer l´attention de leurs lecteurs sur l´importance et la qualité des facteurs de production qui sont, en Afrique, dans un état déplorable si pas purement théorique et stationnaire. Je sais de quoi je parle : j´ai vu des écoles dans des états d´insalubrité incroyables, des villes sans canalisations…un chômage désespérant. Et lutter pour une meilleure utilisation des moyens financiers à entretenir une éducation, une formation professionnelle et universitaire ambitieuses et conscientes de leurs imminents défis, c´est à mon avis faire un pas énorme vers l´avenir. L´analphabétisme qui sévit en Afrique en ce moment mine son développement et partant, sa liberté et son avenir.
J´ai souvenir que sous l´ère de Mobutu, Jeune Afrique avait fait un article relatif au nombre de villageois qu´on pouvait nourrir avec le coût de la Mercedes 600 du dictateur. Mobutu, alors grand ami de Giscard d´Estain obtint illico l´interdiction de ce magasine. Et parfois lorsqu´on entendait les politiciens français se vanter de leur aide ou amitié envers les africains, l´africain averti se demandait bien ce qu´ils entendaient par là, s´ils avaient toujours soutenus et armés les dictateurs qui galvaudèrent leurs finances, pillèrent et assassinèrent à loisir. A grand mots de « valeur » De Villepin allait disserter en terre africaine, tandis que Jacques Chirac, lui se contentait de dire : « Les africains ne sont pas encore mûrs pour la démocratie ». Notre ami Sarkozy, lui, tout en ayant eu de lourds mots envers les noirs lors de la révolte des banlieues françaises, mentait effrontément en déclarant ne pas savoir ce qu´est la francafrique. Il voulait cependant devenir chef d´Etat ! Peut-être croyait-il qu en affichant l´ignorance il pourrait, le moment opportun, user et abuser de cette belle prostituée française les yeux fermés. Il se trompe bien, car nous comptons, s´il gagne les élections, le lui rappeler généreusement. A tout moment.
L´Europe qui aimait à jouer les saints pendant qu´elle participait, et ce depuis des siècles à la déchéance et à la perdition de l´Afrique a été ramenée, au plus tard le 8 janvier 2007, à sa propre réalité : en effet, avec l´entrée de la Bulgarie et de la Roumanie dans l´Union Européenne, le nombre des parlementaires de l´extrême droite siègent au sein de son parlement a atteint le nombre exigé pour se constituer en fraction. La nouvelle fraction sera composée des 7 élus du Front national français, des 3 Vlaams Belang, de 5 Roumains, d’un Bulgare, des 2 élus indépendantistes britanniques du UKIP, d’un élu du FPö autrichien, ainsi que d’Alessandra Mussolini, la petite fille du Duce. Et pour ces européens qui allèrent en Afrique assassiner ceux qui pensaient autrement ou ne aliénaient pas à leurs injonctions politiques et idéelles ; ce fut certainement un moment pathétique. Personne ne verra un africain venir assassiner ces racistes de l´extrême droite parlementaire européenne parce qu´ils ne partageaient ni nos opinions, ni notre sens de la convivialité humaine. Et on avait beau se cacher derrière les lourds rideaux douteux de la démocratie européenne, la gifle faite à l´Europe, elle, était bien là. On peut cacher la vérité comme on veut, mais un jour, elle sortira de sa tanière et éclaboussera tout le monde. Cet événement montre à quel point le pouvoir européen s´est conduite en Afrique en pouvoir totalitaire et antidémocratique, et maintenant qu´elle tolérait une fraction d´extrême droite dans ses institutions les plus profondes, on se demandait quel serait son évolution. Comme quoi il est toujours facile d´aller jouer les donneurs de leçons en Afrique, assassiner, piller, de prendre en esclave les enfants de ce continent en leur racontant, en les traitant de n´importe quoi, n´importe comment. Et maintenant ? La fausse tolérance et la fausse démocratie qui fit assassiner Patrice Lumumba, Ruben Um Niobe, Samora Machel, Steve bantou Biko et tant d´autres, s´appliquerait-elle aussi aux députés européens de l´extrême droite ? Peut-être les européens devraient-ils apprendre bien de choses, et parmi lesquelles l´art de ne pas se croire au dessus des autres, et celui bien démocratique de cesser de torpiller ou endiguer le développement des africains. Chacun avait ses salauds à domicile, et ce n´est pas une raison pour aller exiger en Afrique que meurent ses meilleurs enfants afin qu´un jour les racistes européens jouissent de la tolérance et de la démocratie.
L´africain mène un combat gigantesque, à tous les fronts ; autant sur lui-même et son passé, sur sa soif brûlante de réalisation, que sur ses ennemis mieux organisés, armés et plus étroitement liés à leurs intérêts que l´Afrique ne l´est présentement. Et il est grand temps de le comprendre et d´y remédier, plutôt que de s´illusionner dans des diversités cabalistiques, et toutes irréalistes les unes que les autres. Faire du solide, c´est arroser les racines de son arbre, pas s´en nourrir ou les dessécher. Rien ne nous épargnera ni de la concurrence, ni de l´adversité des autres. Nous devons seulement veiller à protéger et promouvoir nos intérêts, afin que cette adversité ne nous détruise pas notre e et notre créativité, mais qu´elle reste ou devienne fructueuse et partagée par des échanges équilibrés et équivalents. Et si jusqu´aujourd´hui nous avons été préjudiciés, c´est parce que nous n´avions pas compris qu´il fallait
s´opposer aux envahisseurs et colonisateurs en devenant fort et puissant ; car nous aussi nous faisons partie de ce monde, et à ce titre nous avons le droit de nous y réaliser pleinement. Ainsi que tous les nôtres. Absolument. Sans le moindre doute. Et nous devons nous y mettre, cela dépend principalement de nous, pas seulement des autres.
Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu
27 janvier 2007
La disparition d´un géant d´humanité : l´abbé Pierre
Sa mort laisse le monde bien orphelin, et pose des questions sur l´avenir de notre sens humain, sur la foi, sur l´amour et la valeur du bien en société.
Au firmament des immortels
"Les blasphèmes qui montent en multitude de la terre ne sont pas lancés contre Dieu vrai, contre Dieu Amour. Ils sont lancés à la face des faux dieux, façonnés par les égoïsmes, les hypocrisies, les intérêts politiques. Le seul blasphème, c'est le blasphème contre l'amour" (Mémoires d'un croyant / 1997)
Chers et honorés lecteurs de réalisance, dès que j´ai appris la mort de l´Abbé Pierre, je suis allé fouiller dans sa vie, comme il se doit pour un homme dont tout le monde parle, dont les bienfaits et l´idéal humain sont reconnus et apprécié dans plus de 40 pays de notre monde. Et je dois vous avouer que j´ai été émerveillé par l´humilité, la grandeur éthique et morale de ce grand homme, ainsi que par la ténacité et la foi avec laquelle il avait pris le sceptre de son ministère. C´est donc non sans joie que sur la page de Réalisance nous saluons et honorons la vie de cet homme exceptionnel, mais aussi regrettons qu´un tel joyau de vie nous soit enlevé.
Beaucoup de ses admirateurs, de ceux qui croient en la générosité humaine, et même ceux qui l´ont critiqué ou combattu dans son œuvre parce qu´ils n´arrivaient pas à s´élever à sa hauteur éthique et morale doivent aujourd´hui reconnaître que l´homme était grand, et sa foi en l´acte du bien encore plus grande. Mais au delà de sa vie, de son œuvre, du discours de sa foi, cet homme nous laisse cependant d´épineuses questions ouvertes, par exemple :
- allons-nous continuer ainsi à nous tromper nous-mêmes, à procréer le crime, la vilenie, la pauvreté quitte á ce que quelqu´un d´autre vienne les réparer ? Cette attitude ne cachait-elle pas celle du croyant qui allait à l´église faire confession de ses pêcher et quêter absolution, mais à la sortie de celle-ci se remettait à jurer, à commettre les mêmes crimes qu´hier ?
- Si même nous partons du fait que nul n´est parfait, que errare humanum est, ne devons-nous pas limiter énergiquement l´injustice sociale, la pauvreté et les exclusions structurelles de nos systèmes sociaux, parce que le bien, et ce faisant la justice sociale sont des biens sociaux d´une valeur irremplaçable pour toute société civilisée ?
- Nous ne sommes, pour la plus grande partie des êtres humains, que le produit de notre société, de notre culture, de notre milieu de développement et de ses attributs ; et tenant compte de la pauvreté dans le monde et même dans les sociétés industrielles riches, ne doit-on pas veiller à ce que des hommes de bonne foi, de la carrure de l´abbé Pierre foisonnent et se distinguent afin que la recherche de l´harmonie, de la justice et de la paix sociale aient, eux aussi leurs tribuns légitimes ?

Bien de questions, en effet. Sur la page de l´Athéisme, l´homme debout, j´ai découvert une biographie simple, austère, mais riche en vérités sur ce grand homme. Je vous l´offre, parce qu´en de telles circonstances, un aperçu étayé de sa vie donne une meilleure idée de son œuvre autant qu´il éclaire sa pensée, les motivations de ses convictions, mais aussi le contexte dans lequel cet homme a vécu. Voici :
Biographie de l'abbé Pierre :
Henri Grouès, sous le nom de l'abbé Pierre, s'engage dans la résistance où il aide des juifs à se cacher. Recherché par la Gestapo, il rencontre le général De Gaulle en 1943 à Alger. Après la guerre, il est élu député de Meurthe-et-Moselle de 1945 à 1951. En 1949, il fonde "Emmaüs" communauté de chiffonniers construisant des logements provisoires pour les "sans domicile".
Lors de l'hiver rigoureux de 1954, l'abbé Pierre lance à la radio un appel à "l'insurrection de la bonté" en faveur des sans-logis, déclenchant un vaste mouvement de solidarité. Il est également entendu par le Parlement qui, quelques semaines plus tard, décide de lancer un programme de 12000 logements d'urgence.
L'association d'Emmaüs s'internationalise et comprend de nombreuses communautés dans près de quarante pays. En 1988, il crée la "Fondation de l'abbé Pierre" pour le logement des défavorisés. Le Président de la République le fait Grand Officier de la Légion d'Honneur en 2001.
Le 1er février 2004, cinquante ans après son appel pour "l'insurrection de la bonté", il réitère son appel, et s'engage avec Emmaüs pour un nouveau "Manifeste contre la pauvreté" dans un pays où il y a cinq millions d'exclus, dont un million d'enfants.
Toute sa vie durant, avec son franc-parler qui tranche avec le langage policé des autorités catholiques, l'abbé Pierre mène une croisade pour défendre les plus pauvres. Aujourd'hui, il passe un mois sur deux dans la solitude austère et la prière dans un couvent de capucins en Normandie.
Dans son recueil de méditation, "Mon Dieu... pourquoi?" (Plon, 2005), l'abbé Pierre affiche des positions relatives au célibat des prêtres, à l'ordination des femmes et à l'homosexualité, à l'opposé de celles du pape Benoît XVI. Voir les articles de Libération (28/10/05), L'abbé Pierre lui aussi est monté au septième ciel et du Canard enchaîné (02/11/05), Copulons !... Pourquoi ?
L'affaire Roger Garaudy ouvrit une péripétie qui fit entrevoir la fausseté de ceux qui l´entouraient. En effet ceux-ci, et c´est autant la puissante église catholique, que le pouvoir politique français, tout en profitant ouvertement et grandement de l´engagement de l´abbé Pierre et de sa réputation au sein de la société, sournoisement lui refusaient, curieusement un droit reconnu à tous : le jugement d´opinion. Mais, appréciez :
1996. Le très éclectique intellectuel français Roger Garaudy publie "Les mythes fondateurs de la politique israélienne" contenant des thèses négationnistes selon lesquelles la Shoah serait un mythe créé pour permettre le financement et la construction de l'Etat d'Israël.
Sans doute imprudemment, l'abbé Pierre qui ne connaît le livre que par ouï-dire, apporte son soutien à son ami Roger Garaudy. Dans Josué, un des livres de la Bible, il pense voir dans le massacre du peuple de Canaan par les Hébreux, le même geste génocide que celui de la fondation d'Israël envers les Palestiniens. Il pense que les Juifs ont rompu l'Alliance conclue avec Dieu et s'en prend à la politique d'Israël. "Je constate qu'après la constitution de leur Etat, les Juifs, de victimes, sont devenus bourreaux." En outre, dans le Corriere della Serra, il dénonce la presse inspirée par le "lobby sioniste international".
L'abbé Pierre est alors victime d'un véritable lynchage médiatique. Il est exclu de la Ligue Internationale Contre le Racisme et l'Antisémitisme) (LICRA) dont il était membre du comité d'honneur. L'archevêque de Paris, le Cardinal Lustiger, lui demande de se retirer de la vie médiatique. Le fondateur d'Emmaüs apprend à ses dépens combien est floue la frontière entre antisémitisme, antijudaïsme et critique de la politique d'Israël.
Après quelques hésitations, L'abbé Pierre retire ses propos dans une courte déclaration au quotidien "La Croix", en laissant, non sans amertume : "Dieu seul juge des intentions de chacun".
Malgré cette affaire qui consterne l'opinion, l'abbé Pierre ne perd rien de sa popularité. On aurait pu croire au miracle. Cependant, l'abbé Pierre confie au journal Libération : "Il y a longtemps que je n'avais pas vu autant de personnes venir me dire : Merci, parce que vous avez eu le courage de mettre en cause un tabou". Cette histoire est cependant caractéristique de la dichotomie qui embrasait l´occident face à ses propres erreurs et face notamment à l´Afrique. Cet occident admettait l´Holocauste contre les juifs et les épaulait autant militairement que financièrement, mais se refusait depuis des décennies à accepter et réparer, ou du moins cesser d´entretenir celui qu´il avait commis envers l´Afrique, et cela 500 ans durant. On acceptait que les juifs se servent de leur Holocauste pour exiger et reconstruire leur Etat, mais on continuait, envers l´Afrique, à entretenir, à refuser aux africains des réparations, ou du moins des droits légitimes de réalisation indépendante et souveraine avec la scandaleuse et criminelle francafrique. N´est-ce pas cautionner un humanisme à deux poids, deux mesures ? Même à l´abbé Pierre il ne lui était pas passé inaperçu que l´église catholique, en bras droit du capitalisme occidental, fermait les yeux sciemment et accompagnait celui-ci dans ses débauches. Et cela tout en prétendant de liberté, de foi chrétienne, de démocratie. Et la question. Les africains, pourquoi étaient-ils exclus de la bonté de Dieu ; pourquoi devaient-ils accepter cette affabulation, ne semblait éveiller à aucun changement de considération. Alors, quoi ; prêcher un Dieu de tous et cependant entretenir une sombre discrimination envers les africains ? Un Dieu de tous ?
Dans la lettre suivante on appréciera mieux du combat qui l´opposa à l´establishment social français : politique, religieux, idéologique.
Cher abbé Pierre,
Il y a cette affaire Garaudy que vous auriez pu traîner comme un boulet. Quelques années ont passé. Il semblerait que les Français et les médias, qui aiment que leurs héros soient sans reproche, vous aient pardonné ou aient oublié cet épisode.
Il reste que vous êtes le "Français préféré des Français", qui ne sont pas ingrats. Votre popularité, qui tient beaucoup plus à votre action en faveur des pauvres qu'à votre engagement religieux, est méritée. On dit que plus on donne, plus on est riche. Alors vous êtes sans doute l'un des hommes les plus riches du monde car vous avez toujours beaucoup donné, en payant de votre personne. Votre modestie vous ferait sans doute dire que c'est Dieu qui vous a donné cette générosité et ce courage. Cela, permettez-moi de le contester, ces qualités ne viennent que de vous, vous ne le devez à personne. Les croyants ne devraient-ils pas s'étonner qu'un Dieu Bon et Amour, tel que vous le concevez, ne produise un saint homme comme vous, qu'une fois par siècle et encore. Quelle pingrerie ! Mais peut-être est-ce suffisant pour donner bonne conscience à une partie des chrétiens.
L'Eglise, sans vous mettre trop des bâtons dans les roues (compte tenu de votre succès), ne vous a jamais vraiment soutenu. Votre franc-parler a fait de vous son poil à gratter, sa mauvaise conscience, à moins qu'elle n'ait senti dans les mots "communion", "communier", "communiant", "communauté" qui reviennent si souvent dans vos propos, un vague parfum de marxisme. Allez savoir !
Alors que vos chiffonniers sont les champions de la récupération, n'avez-vous jamais eu l'impression d'avoir été vous-même "récupéré, par les hommes politiques si prompts à s'afficher à vos côtés, par les médias ou par l'Eglise Catholique. Dès 1954, Morvan Lebesque, dans Le Canard Enchaîné, vous mettait en garde et concluait : "Vous aurez cru éveiller les consciences. Vous les aurez seulement rassurées. Vous deviendrez très vite un sujet de conversation, une occupation pour dames patronnesses, une institution d'utilité publique pour effacer les remords."
Si je puis me permettre une petite critique, mais rassurez-vous, elle ne peut venir que d'un mécréant, vous devenez ennuyeux lorsque vous parlez de Dieu, très ennuyeux. Je me suis donc permis, pour rendre vos messages compréhensibles à tous ceux qui parcourent ce site, un petit exercice de traduction en langage profane de quelques-unes de vos citations. Rien de très méchant, vous verrez. J'espère ne pas en avoir déformé le sens.
Mais, après tout, cela n'a pas d'importance que vous ne soyez pas l'athée, Pierre.
Cordialement
Tous se souhaitaient un instrument engagé, efficace pour réparer leurs erreurs et leurs abus, mais cet instrument ne devait en aucun cas émettre des critiques ou des jugements. Pourquoi parler de Dieu était-il dangereux, dérangeant, et pour qui ?
Naturellement pour tous ceux qui se cachaient derrière la religion et le nom de Dieu pour exercer leurs bassesses et leurs vices. Parce qu´il ne faut pas croire que le devoir du bien, la quête de perfection est seulement réservée aux pauvres ou aux machines ! Elle est un devoir pour tout le monde, et surtout pour tous ceux qui aimaient à se réclamer de Dieu et même de la représentation démocratique. Or, que voyait-on, tandis que les représentants se couvraient d´immunités pour cacher leurs vices et leurs abus (en politique comme dans l´église), leurs systèmes et leurs institution, en place de créer et concourir à la perfection de l´harmonie et de la justice sociale, ils procréait et entérinait par trop souvent…l´injustice ! Et le comble était que nantis de leurs pouvoirs et de leurs privilèges, ces gens se soustrayaient à la justice sociale, mais ils faisaient taire leurs critiques ! Mais alors, comment les choses changeraient-elles ? Telle était le dilemme de notre monde moderne, et l´abbé Pierre l´avait bien compris.
Ainsi, et pour tout cela, c´est avec fierté et honneur que nous faisons hommage à cet homme, à son combat, à ses opinions, à sa foi. Le monde entier le regrettera, surtout tous ceux qu´il a activement aidé et défendu. Et de son cœur saint et pur, nous retiendrons son message qui veut nous dire : Dieu n´est ni une illusion pour demeurés, ni une cache pour criminels ; c´est un acte d´amour réel et conséquent. Et à ce titre, repose en paix, grand homme, tu as mille fois mérité que l´humanité entière se recueille et se nourrisse de ton exemple de combat. La misère, la pauvreté et l´exploitation sournoise ou barbare n´ont, hélas pas disparu de notre monde.
Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu
24 janvier 2007
Turpitudes francafricaines en deux mots.
Commentaire sur Afrikara sur l´article : Sortir les économies cotonnières africaines de l’extraversion réelle et monétaire, par Dr Kako NUBUKPO (1) Du 23/01/2007. http://www.afrikara.com/index.php?page=contenu&art=1578
Le mal profond qui nous ronge et nous détruit sournoisement.
(24 Janvier 2007 17H52)
Je suis bien surpris que les nombreux commentateurs habitués de ce site ne se précipitent pas encore à commenter cet article édifiant. Il révèle pourtant un des visages des plus décrié de la francafrique! Et à mon avis cela ne veut dire qu´une chose: la plupart des africains qui s´élèvent contre l´exploitation et la chosification africaine par l´occident ne savent pas de quoi ils parlent. Ou alors le plus important, et c´est dire la compréhension et le dévoilement de la systématique qui empêche l´Afrique de sortir de sa dépendance et d´accéder à sa véritable réalisation leur reste un mystère. On crie alors instinctivement au haro sans savoir comment combattre le mal. Et pourtant, cet article en donne un aperçu édifiant. Cette technique de fourvoiement monétaire a été décrite avec une éloquence et une clarté sans précédent par Joseph Tchundjang Pouémi. Elle n´est pas seulement appliquée au coton, mais aussi au café, au sucre, aux minerais africains. Le capital africain, sous prétexte de garantir les équilibres faussés de ses monnaies, va financer ceux qui reviennent plus tard assassiner son économie en y déversant leurs excédents ou en finançant les industries étouffant les jeunes industries africaines et l´emploi sur ce continent. L´africain, ainsi, s´assassine lui-même ! Si ce n´est pas de la plus haute criminalité ! Et tous ceux parmi les africains qui jouaient aux innocents modérés et tolérants de ce petit jeu sournois et criminel ne prêtaient que main forte à la destruction de la liberté, des finances et de l´avenir des leurs. Qu´on ne s´y trompe pas. Ce système est tellement génial et pervers dans sa construction et sa subtilité comptable, corruptive et intentionnelle qu´on ne peut dire qu´une chose: il est profondément cruel et prédateur.
Musengeshi Katata.
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu.
23 janvier 2007
Sassou veut-il faire chanter la justice Française ?
Les informations commencent à filtrer après la manifestation anti française de mardi 15 janvier dernier.
Les vertus d´une vraie justice sonneraient-elles le glas de la discorde dans la complicité francafricaine ?
-
Tout serait parti du recrutement par des proches du pouvoir, moyennant 2 000 à 10 000 FCFA (3 à 15 euros ou 3,8 à 19 dollars environ) de plus d'une centaine de jeunes à Talangaï (6ème arrondissement de Brazzaville), au nord de Brazzaville. Cette population, composée en majorité de désoeuvrés, rejointe par d'autres jeunes embarqués au rond-point de Poto-Poto, dans le 3ème arrondissement, a été transportée par minis bus avant d’être larguée en plein centre-ville.
En effet selon des témoins, les manifestants auraient été « accompagnés », « encadrés » par des hommes en uniforme militaire jusqu'à environ 1 km de l'ambassade France, exécutant en cela une partition écrite d’avance. On aurait donc organisé ce qui n’existe guère au Congo : les manifestations. Pour flatter le sentiment anti-français, toujours latent, croit-on, au sein de la population. Plusieurs journalistes en auraient été informés à l'avance. Les jeunes, se réclamant de l' " Association des amis de Talangaï " ont indiqué qu'ils avaient alerté les autorités administratives et policières, notamment le directeur général de la police…
Rappelons que ces derniers, qui disaient protester contre l’arrêt de la Cour de Cassation française relançant en France la procédure judiciaire du crime du Beach de Brazzaville, ont brûlé le drapeau tricolore. Sur les banderoles qu’ils portaient on pouvait lire entre autres inscriptions :
- « 47 ans d'ingérence multiforme, ça suffit ! »
- « Nous, Congolais, défendons notre indépendance et notre souveraineté »
- « Prenons garde au retour du néo-colonialisme »
Sur le mur de l'ambassade ils avaient écrit : La France, libérez le Congo ! La caméra de surveillance à l'entrée de l'ambassade a été cassée et quelques blessés légers parmi les manifestants sont à déplorer, un jeune au moins ayant été arrêté par les gendarmes.
A l'ambassade de France le personnel ne se doutait de rien. Alerté par le brouhaha, il crut d'abord qu'il s'agissait d'un exercice militaire de l'armée congolaise. C'est un coup de fil de la chancellerie vers une autorité haut placée du régime qui précipita l'intervention de la police.
A Brazzaville chacun sait que tout ce beau monde était manipulé. Un appui logistique aura été, comme on l’a vu, fourni; et on a imprimé des banderoles pour l'occasion. La rumeur rapporte également que les jeunes des quartiers sud auraient été sollicités pour prêter main forte aux groupes venus de Poto Poto et de Talangaï. A ceux-là on aurait expliqué que la manifestation était liée à la difficulté d'obtenir des visas pour se rendre en France....
Quoi qu'il en soit le nom cité dans la capitale comme étant le coordinateur de cette manifestation est celui du « ministre des Démentis ». Survivre à un éventuel remaniement ministériel serait la raison de son zèle, teinté d’intégrisme opportuniste. Mais à l'ambassade de France à Brazzaville, et donc au Quai d'Orsay, nul n'est dupe : c'est vers Mpila, qui a récemment promis " une riposte ", que tous les regards se tournent. Voudrait-on déjà enterrer là-bas le camarade Chirac, celui-là même qui n'avait ménagé aucun effort pour ramener " l'homme des masses " au pouvoir, au motif qu'on ne croirait plus à une ultime candidature à la prochaine élection présidentielle ? se demande-t-on. Même dans ce cas il n' y avait pas de quoi bafouer le drapeau français suite à une décision judiciaire, fait-on observer. L'amitié françafricaine n'autoriserait pas qu'au Congo on joue aux " jeunes patriotes ", qu'on prenne quelques libertés avec le grand parrain, même si l'on veut préparer l'avenir, ajoute-t-on.
Vous avez dit " jeunes patriotes " ? A cet égard, on peut constater que les nombreux voyages du président de l'Union africaine en Côte d'Ivoire auront au moins servi à quelque chose. Qui avait parlé du principe de " l'autorité de la chose jugée " à propos de l'affaire des " disparus du Beach " ? On le voit, ceux qui avaient brandi cet argument n'y croient guère eux-mêmes. Ils préfèrent recourir à la violence, aux menaces et au chantage. Résultat des courses : un scénario mal monté, des " méthodes de voyou " élaborées par un apprenti sorcier, un " honorable correspondant " et qui ont laissé de ce côté-ci de la Seine un goût amer...
Patrick Eric Mampouya
Forum Réalisance
Le HipHop se meurt-il ?
Trop souvent imité sans comprendre son esprit, abusé, mal digéré et finalement rejeté sans avoir épuisé son contenu ?
Ce mouvement culturel serait-il à la recherche de son âme authentique, profonde, véritable ?
La mort du HipHop : Ces derniers temps, on en parle beaucoup. Bien sûr, ce thème est lié au dernier album de Nas, « HipHop is dead », mais aussi à la situation du rap et du HipHop au niveau commercial et médiatique. Patrick Ifonge, fondateur de Forum HipHop, plateforme d’information et de développement de la culture HipHop donne son point de vue. http://www.forumhiphop.com/RHH/?q=node/596 Par P.I
Le HipHop est-il mort ? Il est difficile de répondre à cette simple question par un oui ou par un non. Ceux qui répondent oui ont, en partie raison, mais ont aussi en partie tort. Ceux qui répondent non, ont raison, d’une certaine manière, mais ils n’ont pas tout à fait raison non plus. Tout dépend de la manière dont on perçoit, comprend, interprète et vit le HipHop.
Oui, le HipHop est mort, en tant que musique. Hank Shocklee (Bomb Squad, Public Enemy) dit que s’il n’y a plus challenge, s’il n’y a plus de créativité, il n’y a plus du HipHop. Et bien, quand on regarde la télé ou quand on écoute la radio, voire même lorsqu’on lit les magazines ou journaux majeurs, on ne peut que constater la mort du HipHop. On tourne en rond, toujours les mêmes lyrics, toujours les mêmes types de vidéos, toujours les mêmes sons, toujours les mêmes têtes, toujours les mes artistes d’ailleurs… Tout cela aboutit une sorte d’overdose. Une mort par overdose en quelque sorte.
Oui, le HipHop est mort, en tant que musique, parce que les disques ne se vendent plus… Enfin, les ventes chutent, ça n’intéresse plus le public. Donc, sur cet angle là aussi, on peut annoncer la mort du HipHop. Tout a été dit et entendu. Oui, le HipHop est mort. Parce que tout le monde cherche à en profiter, mais personne ne cherche à le faire évoluer, ne veut en prendre soin. Un peu comme une vache qu’on ne nourrit pas mais qu’on ne cesse de traire. A force de ne voir le HipHop que comme marche pied, tremplin, bouée de sauvetage, ou vache à lait, justement, on l’a tué. Et les meurtriers sont beaucoup plus nombreux qu’on ne le pense. Les artistes, les producteurs, les labels, les promoteurs, les médias, le public, les institutionnels… tous ont contribué à sa mort.
Non. Le HipHop n’est pas mort. Tout simplement, parce qu’il n’est jamais né en fin de compte. Le HipHop a émergé. Le HipHop n’est pas quelque chose de tangible, de saisissable. C’est un état d’esprit, c’est une culture. Il est en chacun de nous, enfin ceux qui sont HipHop. Tant que nous sommes là, tant que nous serons animés par l’esprit HipHop, tant que nous serons soucieux de la culture HipHop, le HipHop sera là. Si tu prétends être HipHop comment le HipHop peut-il être mort ?
Non, le HipHop n’est pas mort. Parce que le HipHop ne se limite pas à ce que vous entendez à la radio, ni à ce que vous voyez à la télé, ni à ce que vous lisez dans vos magazines ou journaux. Le HipHop continue d’être créatif, original, diversifié, il suffit de faire l’effort de le découvrir. Il faut juste arrêter d’être attentiste et d’attendre qu’on vous apporte cela sur un plateau. Si les menus dans les restaurants auxquels vous allez sont toujours les mêmes, cela ne veut pas dire que les cuisiniers sont morts, qu’ils n’ont plus d’inspiration, ou qu’ils s’épuisent. Ca veut juste dire qu’ils sont payés pour préparer ce qu’ils vous proposent et si vous voulez autre chose, changez de restaurant ou préparez vous-même… Avec le HipHop, c’est pareil aujourd’hui, d’une certaine manière.
"Le problème est que beaucoup ont pris le train du HipHop en marche, et, pour différentes raisons, ne cherchent pas à savoir d’où le train est parti, quel trajet il a pris et se permettent même maintenant de vouloir conduire le train. Comment voulez-vous avancer dans ce cas ? comment vous rendre compte que vous tournez en rond ou que vous reveniez en arrière si vous ne saviez pas par où est passé le train avant que vous ne montiez ?" |
Le HipHop n’est pas mort. Ce serait faire preuve d’ignorance que de dire que le HipHop est mort alors que partout dans le monde, des individus, des associations, des structures vivent le HipHop et le font vivre au quotidien sous la forme de concerts, de festivals, de workshops, de débats et d’autres encore travaillent à sa transmission et à sa préservation. Le HipHop ne s’arrête pas à la musique encore une fois.
Le HipHop n’est pas mort. Ce serait faire preuve d’ignorance que dire que le HipHop est mort alors que les productions estampillées HipHop ne se cessent de croître qu’il s’agisse de disques, de livres, de DVDs, de spectacles et autres merchandising. C’est clair que nous ne sommes plus dans les années 80 ou au début des années 90 où quand on disait HipHop, on se comprenait. Le HipHop est bien vivant, il faut juste faire un effort pour le trouver.
Pour en revenir à Nas, il faut surtout y voir de la provocation… je pense qu’il veut surtout attirer notre attention. Le HipHop est en danger, et si nous faisons rien, le HipHop que nous aimons va mourir. C’est de ça qu’il est en question dans « HipHop is dead ». Et là, encore une fois, il s’agit essentiellement de musique, soyons clair. Mais, c’est vrai aussi que la musique, qu’on le veuille ou non, aujourd’hui, c’est le moteur, la vitrine de la culture HipHop.
Après, c’est sûr que le HipHop que nous avions connu dans cette période là, années 80 et début des années 90, n’est plus. On peut alors dire oui, il est mort, mais on peut aussi dire que le HipHop et le rap ont évolué tout simplement, tout comme les média et le monde économique dans leur perception et rapport avec le HipHop. D’un autre côté, c’est aussi cette évolution de la perception et du rapport au HipHop qui ont changé le HipHop. Et puis nous avons grandi aussi et forcement, d’une certaine manière, notre relation avec le HipHop a évolué.
Avant, il s’agissait d’être créatif, original. Il fallait sortir du lot. Le HipHop était une culture de créateurs, d’innovateurs, de trendsetters. C’est d’ailleurs drôle aujourd’hui, qu’il y ait des marques de fringues HipHop. Non pas que je sois contre, pas du tout. C’est juste que certains se contentent de s’afficher HipHop pour penser l’être comme s’ils portaient un déguisement. Avant par exemple, ce n’était pas les fringues qui étaient HipHop, c’était la manière dont tu les portais qui faisaient qu’ils étaient HipHop.
Avant, quand on te grillait en flagrant de délit de plagiat ou de crossover ou encore lorsque tu retournais ta veste, on te mettait à l’amende, tu te faisais traiter de sucker ou de sell out, tu étais mis au ban du HipHop… et c’était même parfois la fin de ta carrière. Aujourd’hui, tu es un sucker, tu es un sellout, c’est bien, tu auras la reconnaissance de l’industrie du disque et des média. Et le public ? La majorité aujourd’hui n’en se rendra même pas compte et s’en moque de toute façon.
« Si les menus dans les restaurants auxquels vous allez sont toujours les mêmes, cela ne veut pas dire que les cuisiniers sont morts, qu’ils n’ont plus d’inspiration, ou qu’ils s’épuisent. Ca veut juste dire qu’ils sont payés pour préparer ce qu’ils vous proposent et si vous voulez autre chose, changez de restaurant ou préparez vous-même… » |
Il ne s’agit pas de nostalgie. Nous savons, pour certains d’entre nous, ce qu’est le HipHop. J’ajoute même que nous avons en mémoire ce qu’est le HipHop. Nous connaissons la culture, la musique. L’essence du HipHop est toujours là, bien présente. Le problème est que beaucoup ont pris le train du HipHop en marche, et, pour différentes raisons, ne cherchent pas à savoir d’où le train est parti, quel trajet il a pris et se permettent même maintenant de vouloir conduire le train. Comment voulez-vous avancer dans ce cas ? comment vous rendre compte que vous tournez en rond ou que vous reveniez en arrière si vous ne saviez pas par où est passé le train avant que vous ne montiez ? Voilà la situation dans laquelle nous nous sommes retrouvés. Vous dites que le HipHop est mort, nous, on dit, nous sommes déjà passés par là. Comment pouvez-vous dire que le HipHop est mort si vous ne savez même pas ce qu’est le HipHop ?
Chacun est libre d’interpréter, d’apprécier, et de vivre le HipHop à sa manière. Mais, c’est une culture. C’est un ensemble de codes, d’expériences, de connaissances, de manière de penser et de voir le monde qui se transmet par le biais de la musique, de la danse, du graffiti, des écrits, des discours. Ce n’est pas un objet avec lequel on s’amuse un moment et qu’on jette après. Le HipHop est un peu comme une torche qui se transmet à travers le temps et les zones géographiques. La torche n’est pas perdue, elle est toujours là, il faut juste aller la chercher et la mériter.
La mort du HipHop, s’il faut reprendre les termes, est annoncée depuis longtemps. Ce n’est pas nouveau. Déjà en 83, certains voyaient en l’emergence de Run DMC, avec « It’s like that » and « suckers MCs », la fin du HipHop. Ces gens là étaient ce qu’on appelait la Old School. Et oui, en 1983, certains de la Old school prédisait la mort du HipHop à cause de Russel Simmons, manager du groupe et entrepreneur !! et aujourd’hui, pour d’autres, Russel Simmons est le God father du HipHop et Run DMC est des tous meilleurs groupes de l’histoire du HipHop. Bien sûr le HipHop n’est pas mort avec Run DMC mais il a changé d’ère.
Vers le milieu des années 90, on a aussi annoncé la mort du HipHop. Pas tant en raison des décès de Tupac et de Biggie smalls d’ailleurs. Non, le HipHop a été annoncé mort avec l’émergence de Puff Daddy en tant que dynamique du HipHop. Bien sûr une fois encore, le HipHop, n’est pas mort (vu qu’il vient de mourir maintenant, n’est-ce pas !!!). Nous sommes juste entrés dans une nouvelle ère encore une fois. Il y a eu d’autres alertes aussi entre temps, d’autres chroniques d’une mort annoncée, comme au début des années 90s avec l’émergence de la West coast/G-funk avec Dr Dré, comme encore au début du nouveau millénaire avec Master P et l’émergence du rap du « dirty » south au premier plan… Aujourd’hui, c’est encore une mort annoncée, une autre mort annoncée ;-)
Comme je l’ai souligné, chaque mort annoncée du HipHop marquait finalement son entrée dans une nouvelle ère. Ce qui se passe aujourd’hui, c’est du déjà vu, en quelque sorte. Cependant, il est temps d’en prendre conscience, de tirer profit des expériences passées, de nous appuyer sur notre riche histoire commune et nos relations particulières avec cette culture, afin d’amorcer la naissance finale du HipHop (ou la HipHop, c’est comme vous le sentez). Ce que je veux dire par là, c’est que le HipHop, ce n’est pas rien, ce n’est pas n’importe quoi : Plus de 30 ans, après son émergence, le HipHop a démontré sa pertinence, sa pérennité, sa créativité et sa validité (à la fois, artistique, culturelle, sociale, mais aussi politique, économique et commerciale). Le HipHop a des bases, des principes, des modèles de réussite et d’échec. Nous sommes aujourd’hui capables de dire ce qui est HipHop et ce qui ne l’est pas. Nous devons désormais prendre position. C’est dans ce sens là, qu’il faut comprendre « naissance finale ». C’est le moment. Nous ne pouvons plus nous permettre de tourner en rond, et de laisser les autres dire ce que nous ne sommes pas.
Nas a réussi à attirer notre attention à tous sur l’état du HipHop. Maintenant qu’allons-nous faire ? Qu’allez-vous faire ? C’est dans ce sens là aussi qu’il faut comprendre «naissance finale du HipHop ». Où et comment allez-vous vous positionner ? C’est ce que Nas nous reproche d’ailleurs. Peu de gens prennent leurs responsabilités, et devoirs par rapport au HipHop en fait. Ce n’est pas un hasard si dans le refrain du morceau « HipHop is dead », Nas veut s’en prendre aux DJs « Roll to every station and wreck DJs ». Ce n’est pas étonant non plus que DJ Premier s’en prenne régulièrement à ces mêmes DJs (notamment dans « The Owners »). Les DJs représentent un problème évident. Parce que les DJs sont les transmetteurs originaux de la culture, les DJs sont les acteurs originaux de la culture HipHop et le fait est que la plupart des DJs ont abandonné leurs postes et fui leurs responsabilités. Ils sont devenus des Tatayets et des robots comme dirait DJ Premier. DJs, assumez votre position dans leur culture HipHop !
Oui les DJs, mais le problème se limite pas aux DJs, les MCs, les labels, les producteurs, les média, le public, tous, sont concernés. Parce que si le HipHop venait à mourir, les suspects seraient bien nombreux… Mais n´est-ce pas un autre débat ?
"La Naissance finale du HipHop" est un article du magazine La Voix du HipHop #3.
Patrick Ifonge
"Il faut choisir : Se reposer ou être libre" - Thucydide
Forum HipHop : Le forum de la génération HipHop
Idées, Expériences & Ressources pour réussir avec le HipHop
36, rue du colibri | 59650 Villeneuve d'Ascq | France
Portable : 0662406780 | Fax: 0320052885
Web: http://www.forumhiphop.com | Email : pifonge@forumhiphop.com
Forum Réalisance
22 janvier 2007
Culture de mystification ou culture de réalisation ?
En tant qu´être humain, sommes-nous les maîtres de la culture ou n´en sommes-nous que les usagers ?
A qui appartient la culture, au fait ; n´est-elle pas la propriété de tous et d´un chacun indistinctement ?
La culture est la femme la plus belle et la plus chère de notre existence humaine car en elle, non seulement nos rêves, nos attentes fleurissent et éclorent, mais notre impétueux désir et nos jouissances les plus osées prennent des formes voluptueuses et enivrantes. MK
Le soleil, comme la vie ou le jour se lève pour tous ; et cependant, sur le terrain de la réalisation existentielle et de ses tourments, d´autres lois politiques, économiques, sociales déterminent le courant de notre vie. Et ce parfois d´une façon si radicale ou contraignante que l´existence et son tourment légitime de réalisation matérielle, immatérielle, n´en devient, sous leurs formalismes, qu´un résultat secondaire soumis à d´autres facteurs au lieu d´être et de rester le cœur battant et vif de la culture. Certes, la société moderne rationnelle et organisée est, dans la complexité et les exigences de son assiduité et de ses performances, inséparable de la logistique et de ses attentes de plus en plus exigeantes. Mais, loin de nier cette évidence, et plutôt agréable évolution, on se demande alors : à qui donc appartient la culture, ou que devons-nous faire, entreprendre ou sur quels principes devons-nous rester intransigeant et généreux envers nous-même afin que cette mamelle de l´histoire de l´existence humaine, de tout pays, de toute société offre à son centre moteur (individualité consciente et créative) les moyens de rester maître de son propre navire ?
De nos jours, les hommes vont travailler, exercer un métier, une profession, un emploi dont ils tirent leurs revenus existentiels, mais ils ne sont plus maîtres du résultat de leur travail car celui-ci appartient et participe à une plus complexe finalité de buts et de moyens. Celui qui fabrique des armes, le policier, le soldat, l´artiste, le menuisier ; ceux-là ont la tâche facile : ils savent ce qu´ils produisent et à quoi cela sert. Mais ceux qui travaillent dans des laboratoires chimiques, en politique, ne savent pas toujours ce qu´on fait de leurs prestations, comment on les interprète et on les assume. Au-delà de ce simplisme du contenu et de la portée des rôles sociaux, il y a cependant deux poignantes questions pressantes, à savoir : ai-je les mêmes buts sociaux, d´idéal que mon patron, que ma société, que mes amis ou mes enfants ? La plus value de mon engagement participe-t-elle, comme mon salaire, à la promotion de valeurs protégeant de hauts principes communs réputés nous réaliser tous franchement, entièrement et sans détour ?
Au niveau des sociétés, des cultures, il existe le même questionnement, mais comme la culture est un lieu d´usages, de principes, d´idées et de créativités répondant ou ayant répondu aux attentes de leurs sociétés et maîtres ; leur transposition en lieu étranger, en société étrangère se fait beaucoup plus subtilement, et non moins brutalement qu´on ne le perçoive d´emblée. Passe encore sur l´agression militaire étrangère qui est ouverte et visible, il y a par exemple le commerce qui, lui, beaucoup plus invisible et donc félon parce qu´il détruisait le travail ou l´accumulation du pays importateur ou envahi par les excédents occidentaux étouffant de la francafrique, par exemple. Ceci, naturellement, ne reste vrai que si le pays envahi ou importateur ne peut pas, à son tour, exporter dans le pays ou l´espace économique du pays adverse de produits de même contenu et qualité industrielle de travail.
Dans la forme du colonialisme ou celui de l´esclavage, ce violentement prit des formes, sous de trompeuses allures paternalistes, bien ignobles parce qu´elles s´appropriaient non seulement du sujet culturel et de son esprit, mais aussi de l´espace culturel qui lui appartenait. Une vile escroquerie en fait, parce que ni l´inflation importée, ni les buts d´accumulation finale ou même de simple satisfaction matérielle ne sont partagés ou discutés ! Et actuellement avec le phénomène de la francafrique et des excédents industriels qu´on déversait, grâce à l´élite corrompue des pays sous développés (et particulièrement en Afrique postcoloniale) dans les frontières déjouées de ces pays, tous ceux qui s´adonnaient à ces abus confinaient, avec un mépris évident, la société ainsi envahie et ses membres à une chosification des plus cruelle. Parce qu´elle ne leur reconnaissait ni culture, ni avenir ; et avec un méchant procédé ignoble de meurtre culturel, on empêchait les victimes à l´accumulation, à la culture de la créativité individuelle (ne voyait-on pas les intellectuels africains quitter leur continent pour se réaliser ailleurs ?). Un déni sourd et sournois de reconnaissance culturelle humaine. Car la culture est le tissu et les aspirations matérielles et idéelles d´un peuple, d´une nation ; s´en approprier les paramètres, les facteurs sans en être sa conscience pour la dévoyer, la conditionner ou même la détruire est du crime le plus odieux. Ce n´est pas seulement l´âme de l´orientation et de jouissance existentielle de la société qu´on met à mal, mais aussi celle de ses membres. Et c´est dire de toute l´âme culturelle d´un état, d´une nation.
C´est cela que l´occident cultivé doit prendre en compte aujourd´hui, et ne pas se détourner de la vérité comme beaucoup de ses intellectuels le font, hélas, pour la plupart aujourd´hui en se cachant derrière de faux discours de solidarité oisive et superficielle pendant que les bras politiques et économiques rapaces de leurs cultures brassaient en Afrique un vin amers et foncièrement inconvenant. Certes, ils sont payés par le système dominant qui nous opprime, et cependant, leur intellectualité est en cause, autant que leur niveau moral et éthique. On ne peut pas toujours accompagner un criminel à longueur de siècles dans ses orgies primitives et incultes sous prétextes qu´on ne crache pas sur la main qui nourrit, nier l´évidence objective du respect des cultures des autres, et se couronner pourtant de la connaissance et du savoir universel dominant ! A la rigueur, cette fausseté accusait une conception bancale, restrictive de la valeur de l´intellectualité en société occidentale…mais aussi pour tous ceux qui s´en réclamaient pour, en fin de compte, ne pas exercer le devoir impérieux de l´objectivité et de l´humanisme rationnel de la connaissance.
A quoi sert une culture où l´être, le maître de cette œuvre ne se réalisait pas ou était brimé ou confiné à subir un poids terrassant de contraintes qui lui enlevaient ses droits, son autorité, le pouvoir qu´il lui faut pour rester maître de son propre domaine ? La machine nous offre un très bon exemple de ce phénomène : en emploi excessif et incontrôlé, elle renvoie ses ouvriers et ses ingénieurs au chômage ! L´occident pouvait en chanter une chanson en ce moment. Pour l´Afrique post coloniale face à l´occident abusivement dominant envers celle-ci, cela équivalait à se donner un droit de cuissage sur la femme du voisin tout en se refusant à élever les bâtards ainsi conçus ou de porter les coûts onéreux de la promotion et de la défense de la culture originelle du pays africain. Si chacun ne reproduit que son propre visage, ses propres rêves ; que sont-ils donc venu faire en Afrique ; et pourquoi s´évertuaient-ils à dominer et contrôler ce continent ? N´est-ce pas gratuit et contre nature ?
On voulait alors, par une chosification de superficialité, créer de toute espèce le nègre blanc : une race vide et affable qui tout en étant noire et en dilapidant l´accumulation et les richesses de son peuple, ne se réalisait que dans la consommation et l´usage du model culturel importé du maître occidental. Cependant que, dans l´arrière pays et dans le cœur de tout un chacun africain, la culture originelle, elle, attendait vainement qu´on lui ouvre et cultive les moyens de sa réalisation. Depuis quand peut-on se réaliser en dehors de sa propre culture ? Depuis quand peut-on parler d´avenir sans produire soi-même les biens et les conditions de son propre avenir ? Celui qui entretenait ces inepties ou les cautionnait, n´était-il pas de la pire des crapule ?
Les africains sont autant désarçonnés que choqués par ce mépris complexe et profond auquel on les a soumis depuis des siècles par des cultures occidentales qui se disaient cartésiennes et humanistes (la philosophie des lumières n´avait-elle pas engendré l´esclavage, la colonisation, la francafrique ?). Et dans le solitaire désarroi qui couvait en eux, les africains se démenaient dans une débandade intellectuelle cherchant désespérément à recouvrer et protéger l´équilibre perdu afin que la culture qu´ils portent en eux aie la chance de parler leur propre langue, leurs propres émotions, leur propre créativité. Retrouver son propre sens de l´histoire, cependant, ne dispensait ni de la nécessité de modernisation de moyens culturels de réalisation, ni de celle de se solidariser de la culture internationale, universelle ; à condition, bien entendu que celle-ci respecte notre personnalité culturelle et notre droit légitime à un avenir digne et respectable. Là est le tourment actuel de l´africain conscient et responsable. Et au delà de ses blessures ouvertes, de ses erreurs et même de ses faiblesses, il doit trouver le courage et la force de sortir de ce labyrinthe de l´empêchement et du mépris pour se retrouver lui-même et donner à sa culture les moyens efficaces et résolus de son libre et souverain épanouissement.
Il ne s´agit, n´en déplaise à ceux qui s´y adonnent, dans l´existence ni de collectionner des définitions, encore moins de se chercher des caches sous lesquelles, on échapperait aux vérités, aux aléas et à la responsabilité ouverte de sa propre historicité. Et ceux qu´on entendait en Afrique s´égosiller en chants de retour aux sources ne doivent pas oublier que le présent et l´avenir ont, eux aussi leurs tribus. Sans modernisme technique et rationnel, s´accrocher au passé est, à mon avis, d´un archaïsme dangereux et rétrograde qui risque de nous priver de véritables instruments contemporains de liberté et de réalisation. Ce ne sont pas les hôpitaux modernes, les autos, les avions, les trains et autres moyens clés sur portes dont ils s´agit ; mais de la capacité de s´instruire et de s´approprier de la connaissance et du savoir qui permet de les réaliser. Et c´est dire : attiser et cultiver ses propres vecteurs culturels afin qu´ils concourent à la réalisation d´un haut niveau de culture et de jouissance. Ce n´est, hélas pas en abondant d´analphabètes, en détruisant insolemment l´accumulation nationale ou en se refusant à se débarrasser du joug honteux et criminel de la francafrique que nous y parviendrons, loin de là.
Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu
19 janvier 2007
Sur la charte Mandé du Mali du 13ième siècle
Commentaire sur l´article d´Afrikara : Mali : 13ème siècle, une charte universelle antiesclavagiste du 15/12/2006. http://www.afrikara.com/index.php?page=contenu&art=1527&PHPSESSID=aac48ff33b34c423be73350c23b5c060
Ce glorieux passé…
Parfois je me demande comment diable avec un tel passé l´Afrique n´arrive plus à résoudre ses problèmes. Qu´en est-il donc devenu de cet homme noir faiseur et bâtisseur d´histoire ? Perdu définitivement dans la tourmente du joug confondant du pouvoir blanc ? Aliéné, imitateur saltimbanque sans fierté et sans créativité ? Cherchant plus à se cacher de ses responsabilités, à ruiner son avenir plutôt qu´à l´assumer pleinement et efficacement ? Il serait grand temps que ceux qui se représentent autrement l´avenir de l´Afrique qu´en mendiant ou en quémandant se lèvent et remettent les choses dans le bon sens. Sans cela, même le passé nous devient dur à supporter, tant son éclat de jadis nous déprime et accuse ouvertement la médiocrité actuelle sous laquelle ce continent souffre énormément. Penser que des africains apprenaient et chantaient les louanges des philosophie des lumières...de celles qui plongèrent l´Afrique dans les ténèbres de la dépendance occidentale et du déni de liberté, au lieu, par exemple de s´inspirer, non sans fierté entre autres de cette charte du Mali. N´est-ce pas pénible ? je le pense bien. De là à parcourir le monde ou chanter de sa propre histoire quand on ne sait ni s´en instruire, ni s´en réclamer pour maîtriser le présent et défendre l´avenir...Pure légèreté, et plutôt dévoyé que souverain. S´il faut savoir d´où on vient, qui on est; il ne faut pas oublier d´entretenir et de défendre ces valeurs parce que c´est seulement dans le futur qu´on prend vraiment conscience de leurs riches contenus. Et cela, tout le monde le sait, ne peut pas se faire dans l´ignorance, l´aliénation mentale ou la pauvreté car ce sont des ennemis du passé tant il est vrai qu´ils rendent immédiats, inquiets, de courte vue, immobiliste et incréatif.
Musengeshi Katata.
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu.
17 janvier 2007
17 au 18 janvier 1961 : assassinat odieux de Patrice Lumumba
Un tribun dont le discours politique est resté actuel et édifiant
Un discours politique inoubliable par sa vision et sa profondeur
"Nous voulons une vraie indépendance." “Nous allons mettre tous nos travailleurs au travail, après le départ des troupes belges (…) Chacun aura du travail, avec des salaries modestes. Et je vous assure, qu’avec notre foi, avec notre dynamisme, avec notre fierté nationale, le Congo sera dans cinq ans un pays fortement développé. Ce n’est pas en mendiant des capitaux que nous allons développer le pays. Mais en travaillant nous-mêmes, avec nos propres mains, par nos efforts (…) le seul slogan pour le moment: le progrès économique, tout le monde au travail, mobiliser toute la jeunesse, toutes nos femmes, toutes les énergies du pays. Les cadeaux, on ne les apprécie pas. L’indépendance cadeau, ce n’est pas une bonne indépendance. L’indépendance conquise est la vraie indépendance.” (Conférence de presse 9 août, cite dans “Congo 1960, 2, pp 593-594) Patrice Emery Lumumba
Il suffit de regarder le marasme dans lequel baigne le Congo actuellement, l´Afrique tout entière aujourd´hui pour se rendre compte d´une part que les assassinats qui ont eu lieu dans les années 1960 et 1970 et qui touchaient tous les meilleurs politiciens africains étaient bien orchestrés par les colonisateurs occidentaux dans un but précis et clair : celui de décapiter l´Afrique en éveil afin de la jeter en proie à la francafrique qui elle ferait de ce continent un bateau fantôme : sans but et sans port. Et d´autre part, et eu égard à la dépendance ainsi créée sous le couvert de « l´indépendance », on se rend compte combien les colonisateurs français, belges, anglais, hollandais, portugais et autres espagnols et américains s´étaient rendus complices de la plus grande mystification politique, économique et culturelle de toute l´histoire des relations afroeuropéens.
Cette fausseté, ce faussement destructif de l´identité politique africaine avait certes commencé depuis 1441, mais ce qui envenima son poison, c´est qu´elle fut fêtée et imposée comme étant l´indépendance réelle et effective ! Par là, toute la logique, le raisonnement politique africain s´en trouva déréglé, voué à la chosification antinomique. Et dans le jugement de ces assassinats et de cette vaste intrigue de mépris et de refus volontaire de liberté, et donc de reconnaissance humaine au sens large du terme, les occidentaux qui s´y adonnèrent, même si aujourd´hui ils affichent tous des masques de fausse tolérance et de fausse reconnaissance économique et politique, d´avoir trempé et entretenu cette barbarie ne les met en aucun cas du bon côté de l´histoire, bien au contraire. Mais, n´était-ce pas, après l´esclavage durant 400 ans, la sournoise continuité de leurs basses œuvres ? Nous le pensons bien, et nous irons encore plus loin pour dire que la situation pourrissante actuelle de l´Afrique, la destruction de saines lignes politiques répondant sur ce continent aux aspirations, à la réalisation des africains a été organisée et volontairement assise.
Ce qui choque aujourd´hui, c´est que les africains, et surtout ceux qui se disent intellectuels ou de l´élite du pouvoir en Afrique tardent à réaliser et à mettre fin à cette maculature. Peur de mourir, ou simplement peur d´être exclus des avantages corrompant et dévoyant que la sournoise francafrique déversait sur les notables africains afin de perpétrer et consolider son règne malsain et criminel en terre africaine ? Cécité ou simplicité d´esprit ? En tout cas, les manquements, de par leurs conséquences négatives sur les sociétés et leurs développements étaient tellement visibles et choquant qu´on se demandait, avec raison, si les africains ne vendaient pas bassement leur fierté, leur avenir à vil prix ; si l´amour qu´ils ont d´eux-mêmes, de leurs responsabilités sociohistoriques, des leurs ne se résumait-il pas en…mépris désintéressé tout court ! Ou comment peut-on qualifier celui qui vendait les siens à leur pire ennemi, qui consignait femmes et enfants à la misère et à la pauvreté, ou qui, pendant qu´on le mystifiait et escroquait son avenir, continuait pertinement à fermer les yeux et à acclamer cette criminelle supercherie ?
Au Congo de la RDC, la patrie de Patrice Lumumba, plus on y découvrit des richesses minières, et plus l´emprise occidentale se resserra sur ce pays et ses habitants. Et c´est d´autant curieux que le jugement intellectuel, le sens de responsabilité, la capacité à organiser et orienter ce pays vers son bien être et sa prospérité, parmi ses élites, diminuait dangereusement, laissant place à ce brouillon actuel nageant dans l´incapacité et l´irresponsabilité la plus illuminée. Mettre un marchand d´œufs des marquis tanzanien à la magistrature suprême de son pouvoir ; cela peut satisfaire la Belgique et tout l´occident qui avaient tous intérêt à retarder, comme par le passé, l´avènement d´une élite indépendante et responsable en pays africain détenteur de matières premières stratégiques ; mais est-ce de l´intérêt et de l´avenir de ce pays et de ses habitants que la misère, les guerres, soient toujours à leurs portes ? Que les congolais eux-mêmes s´y laissent abuser, cela dépassait les limites du bon sens. A ce point qu´on se demande : existe-t-il encore le bon sens, en Afrique ? Ou avait-il été irrémédiablement pourri et gangrené par la sournoiserie, les intrigues des obscurs et rapaces intérêts occidentaux ?
Mettre Pierre Mulele aux côtés de Patrice Lumumba, c´est logique ; mais y ajouter un Laurent Kabila et…son fils auto déclaré sans preuve d´adoption ou de naturalisation sur le même rang, il faut ou être idiot ou n´avoir aucune notion ou valeur d´estimation du discours politique de ses propres élus ou héros nationaux. Che Guevara qui rencontra Laurent Kabila lui refusa la reconnaissance politique et le traita d´illuminé et d´incapable. En effet il ne s´agit pas simplement de se réclamer du Lumumbisme pour devenir un génie de la politique ou égaler le grand tribun charismatique dont l´intelligence politique, rationnelle, et même le sens de vision sociohistorique était d´un niveau exceptionnel. En occident, un adage dit : il faut savoir séparer la graine de l´ivraie, si la prochaine moisson doit être fructueuse. Les africains s´illustrent dans le choix des idiots et des demeurés pour les gouverner, déterminer leur avenir, et espèrent ainsi obtenir des résultats sociaux éloquents ; n´est-ce pas un peu borné et illusionniste ? Depuis quand un marchands d´œufs durs serait-il un génie monétaire, économique du développement ? Parce que cette histoire d´université de Washington, Condoleezza Rice peut la mettre où elle veut, elle est fausse et pénible pour l´américaine qui l´a soutenue. Et si cela était vrai, depuis quand un diplômé d´une université américaine vendait-il des oeufs durs au marché rwandais ? Quelle est la qualité de cette université; que vaut sa formation si celle-ci se terminait ou n´ouvrait qu´à vendre des œufs durs en marché public africain ? Tout cela n´avait aucun sens. Et quand on pense que ce même président, le 10 février 2003 allait chanter en occident devant le Sénat belge des louanges de Léopold II, et c´est dire ici injurier tous les héros de la lutte africaine pour son indépendance… Y compris Patrice Lumumba et Simon Kimbangu ! De quel genre de président s´agissait-il donc s´il ne respectait pas la lutte de son peuple pour l´indépendance et la liberté ?
Ce qui frappe, et ici je donne raison aux rares historiens critiques de l´histoire politique africaine, c´est que les africains, par ignorance ou par dévoiement rationnel, n´arrivent pas à analyser et comprendre l´histoire politique africaine objectivement, comme il se doit. Peut-être parce que l´enseignement en Afrique est toujours dominé par une conceptualisation occidentale réfractaire à la vérité, et surtout à la liberté et la prise de conscience des africains. Les économies, les finances, la planification sociale de bien de pays africains étaient toujours sous obédience étrangère; livres d´histoire toujours écrits par des européens qui eux, cachent bien leurs bassesses et leurs crimes de par le monde sous de fallacieuses prétentions d´humanité, d´aides, d´amitié, de progrès, d´assistance culturelle ou religieuse. On sait ce que cela veut en réalité dire : le droit de piller, de violer, de prendre en esclavage, d´exploiter ou de massacrer à loisir au nom de la liberté, de la démocratie ou de la religion chrétienne…ou musulmane. On parlait et on chantait toujours en Afrique de la liberté, de l´indépendance et même du développement; mais ce qu´on entendait par là, en contenus d´efforts et conception étaient, hélas...une incroyable duperie. Voulait-on se tromper soi-même ou s´agissait-il de faire éternellement semblant ?
Aux côtés du discours de Patrice Lumumba et de son assassinat, il y a bien d´autres noms et discours tels ceux de Kimpa Mvita, de Simon Kimbangu, de Samora Machel, de Kwame Nkrumah Osangiefo, de Steve Bantou Biko, de Ruben Um Niobe, de Walter Rodney, de Martin Luther King, de John Henrik Clarke, d´Englebert Mveng, Marcus Mosiah Garvey, de Malcolm X. Et malgré ces brillants penseurs noirs, les africains n´auraient toujours pas compris ou appréhendé les contours et le contexte sociohistorique dans lequel ils évoluaient ? Faut-il croire au génie de l´homme noir lorsqu´il n´arrivait pas à assimiler l´évidence qui se trouvait visiblement devant son propre nez ?
Déboussolé, tournant en rond : tel est l´image que nous fait l´Afrique aujourd´hui. Et en ce moment où sa démographie explose, au lieu de faire diligence en préparant les sociétés à exercer pleinement leurs responsabilités face à ces enfants qui naissent en nombre incessant du Nord au Sud de ce continent, on assiste plutôt à un abandon d´instruction, de la formation professionnelle manuelle, au refus d´investir et de promouvoir à l´emploi local générateur de plus value et d´accumulation. Toute l´Afrique noire vivait de l´aumône internationale et de la mendicité, tandis que l´aide intéressée et plutôt criminelle occidentale déversait sur ses pays les excédents et les invendus occidentaux, noyant et détruisant ainsi la faible agriculture et industrie alimentaire des africains avec des prix de dumping. Or, c´est la demande, le besoin qui crée l´emploi, la nécessité d´investir; étouffer cette demande ou faire disparaître ses effets obligeants, c´est faire disparaître le lien intransigeant qui lie l´économie à la réalisation des besoins et des attentes légitimes du peuple! L´avenir, s´il continuait à ce rythme et sur cette logique, ne serait qu´une aggravation de la misère et de la pauvreté, parce d´une part les bouches à nourrir augmentaient, et de l´autre, la pression de l´occident piégé à la crise économique et au chômage augmentait, ceux-ci cherchant à tout prix à écouler leurs destructifs excédents. Demain, de quoi donc vivraient ces enfants africains sans instruction, sans formation professionnelle, sans le soutien économique de l´accumulation nationale créatrice d´emplois et de bien être social ?
Il était temps de se faire des idées là-dessus et d´agir en conséquence. On remarquera alors que le discours de Patrice Lumumba est plus que jamais actuel.
Je rends un hommage vibrant et ému à un des plus grand enfant de ce monde, du vrai africain Patrice Lumumba. Daigne à l´histoire, aux meilleurs enfants de l´Afrique à lui rendre un jour justice, et c´est dire : à entretenir et promouvoir une liberté et une réalisation qui rende leur fierté à ceux pour lesquels il a offert sa vie. Luis Inácio Lula da Silva, président du Brésil disait dans un de ses discours : « Il n´y a pas dans une société de symptôme plus dramatique de racisme que d´induire les hommes et les femmes à nier leur propre identité ». Mais comment entretient-on l´identité sans liberté, sans moyens économique résolus et adéquats ? Quels sont les africains qui croyaient encore aujourd´hui qu´il est possible d´aller au progrès, à la liberté et la réalisation sociohistorique sans en payer le prix intellectuel, rationnel, créatif ? A quoi ressemble donc une liberté qu´on recevrait d´un autre ou qui serait définie par quelqu´un autre que nous-mêmes ? Ne l´avons-nous pas suffisamment appris ?
Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu