Il prit un ton qui ne laissa pas d´équivoque, d´autant que Jesse Jackson qui l´avait, une semaine auparavant précédé, l´avait durement critiqué.

Responsabilité, certes ; mais responsabilité sans moyens… ?

Tel est la question que le candidat démocrate à la Maison Blanche a débattue dans son discours. Devant la puissante NAACP, l'Association nationale pour l'avancement des personnes de couleur, la plus ancienne des organisations de défense des droits civiques aux Etats-Unis, Obama en a appelé lundi 14 juillets 2008 les Noirs américains à prendre davantage de responsabilités pour améliorer leurs existences.

Certains, comme Jesse Jackson par exemple, comprenaient autrement cette injonction à la prise de plus de responsabilité, de plus d´engagement pour son avenir. Quoi d´étonnant : les blancs avaient toujours fait comprendre aux noirs que la responsabilité sociale, et même l´avenir de l´homme noir leur revenait de droit. La charpente sociale, sa structure économique, l´éducation et même la politique avaient été orientés dans ce sens. Toute l´histoire de la lutte pour la reconnaissance des droits des afro américains, avait, dans ses recouvrements, fait reculer tous ces complexes et normes arriérés et primitifs face aux exigences modernes et contemporaine du droit et des libertés humaines. L´Amérique traditionnelle conservative avait certes cédé aux apparences, mais sur le principal – et c´est ici le véritable nœud de la situation – elle s´était accrochée à ses acquis, jouant ainsi un faux jeu de façade à double face aux droits et aux libertés qu´on affichait à l´extérieur et devant le monde entier, tandis qu´à l´intérieur, les bas salaires, les écoles délabrées, les emprisonnements gratuits ou excessifs frappaient les afro américains inégalement de plein fouet. De tous les temps, systématiquement, en logique sociale irréductible. Or, le rêve américain, lui, se prétendait être ouvert à tous les américains, quel que soit la couleur de leur peau, leurs origines sociales, leurs couleurs politiques. Et c´est cette contradiction d´injustice et d´équité sociale qu´il fallait combattre. Mais cela ne se fait pas sans ferme engagement et prise réelle et décidée de sa part (accrue) de responsabilité envers la société et envers soi-même.

"Je sais que certains disent que j'ai été trop dur en parlant de responsabilité (...) Je suis ici pour rendre compte, je ne cesserai pas de parler de ce sujet", a-t-il dit. Le révérend Jesse Jackson, figure de la lutte pour les droits civiques, avait accusé Obama d'employer un ton "paternaliste" à l'égard des Afro-Américains. Jackson et d'autres militants de la communauté noire reprochaient au sénateur de l'Illinois d'avoir évoqué le problème de l'absence des pères dans de nombreuses familles noires des Etats-Unis et d'avoir exhorté les hommes à s'impliquer davantage dans la vie de leurs enfants. Ce problème, n´en déplaise à ceux qui voulaient s´y dérober ou même l´ignorer, était un problème social de grande importance. Parce que non seulement la figure du père est importante dans l´éducation des enfants, elle est aussi stabilisatrice et normative dans l´équilibre psychique des enfants. Et si, en abordant ce problème Obama s'appuyait fréquemment sur son propre passé d'enfant élevé par sa mère et ses grands-parents après le départ de son père lorsqu'il n'avait que deux ans, le candidat à la Maison Blanche ne faisait pas de la simple rhétorique ou une primitive analogie. Touchant le nœud du problème, Il engageait ses électeurs noirs à passer davantage de temps à aider leurs enfants à faire leurs devoirs scolaires qu'à regarder la télévision. Car si on tient à exercer dans la société un haut niveau de responsabilité, les enfants qui sont l´avenir de la société doivent le refléter autant dans leurs ambitions que dans leurs niveaux de préparation et de comportement social.

Ce discours devant la NAACP a souligné aussi ce qu'Obama juge comme des échecs de Washington et de la Wall Street, les pouvoirs politiques et économiques, face aux maux économiques qui frappent la communauté noire, comme la couverture maladie, les écoles publiques ou les inégalités salariales. "Il nous faut demander plus de responsabilités à Washington. Il nous faut écarter les intérêts particuliers et permettre aux voix du peuple américain de retentir", a-t-il dit. "Mais, le savez-vous, il nous faut aussi demander davantage de responsabilités pour nous-mêmes", a-t-il ajouté.

Un brillant discours de mise en responsabilité qui peut être appliqué au monde entier, même aux africains. Car la question de responsabilité sociale, sociohistorique ou culturelle est un problème de tous les temps, de toutes les sociétés. Vouloir réclamer cette responsabilité suppose cependant qu´on est prêt à tenir tête à ses exigences les plus hautes, en l´exerçant dans l´intérêt d´idéaux supérieurs de liberté et d´équité sociale. Ce pacte de valeur s´étend au-delà des frontières, et a une incidence bienfaitrice sur les relations humaines et internationales parce qu´on défend des normes qui, tout en étant ambitieuses et sévères avec soi-même, nous ouvrent cependant les meilleurs espoirs de générosité envers nous-mêmes.

Il ne passe pas inaperçu au monde entier (et le microcosme social américain en est la preuve) qu´une classe d´individus (de multinationales, de gouvernements, de groupes d´influence) s´est privilégiée les moyens économiques et politiques lui permettant d´influer activement sur la destinée et le sens de l´histoire humain. Mais depuis l´ascension remarquée de la Chine et de l´Inde vers l´industrialisation, bien de choses ont changé. Car ces peuples représentent pratiquement la moitié des habitants de la terre réclamant leur part légitime de prospérité et de meilleure existence. Cela remet en cause bien de faits établis, de privilèges gratuitement acquis, ou abusivement exercés. De par le monde entier les sociétés éclatent sous un courant qui conteste non seulement l´idéal de l´ordre économique et social actuel, mais aussi tend à mettre en valeur le droit légitime de chaque individu, de chaque peuple à la liberté et à la réalisation sensible. Ceci pose des problèmes de ressources naturelles autant que de productivités industrielles (moyens et instruments financiers, intellectuels et politique de production) ou d´adaptation aux meilleures conditions écologiques protégeant l´équilibre trop longtemps abusé de notre planète.

Serons-nous à la hauteur des changements qui s´annoncent à tous les niveaux de notre civilisation humaine ? Là est la question. Certains auront tendance à défendre ou se cantonner dans leurs retranchements passés pour protéger leurs acquis ; d´autres voudront jouer à réclamer des droits et des attentions sans pour autant être prêts à exercer pleinement les exigences qu´imposent ces droits de nos jours. D´autres chercheront la balance : ce lieu où la responsabilité cherche son meilleur équilibre réel et imaginaire entre le droit à être heureux, le respect de la libertés et des droits des autres (et réciproquement, bien entendu) et nos devoirs envers la nature et l´écologie de notre belle terre. Ce sont ces derniers qu´évoque et encense Obama. Car ce sont eux qui représentent le meilleur espoir pour la société et l´avenir de toute individualité sociale de bonne foi. La responsabilité n´est ni un privilège, ni une simple déclaration d´intention ; elle ne peut s´exercer pleinement que si ceux qui y aspirent ou s´en réclament sont prêts à accomplir ses exigences les plus sévère afin que sa récolte soit riche et belle. Dans l´intérêt de tous et d´un chacun.

Musengeshi Katata

"Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu"

Forum Reálisance