Source: Le Potentiel (Kinshasa), 23 Juillet 2008

Congo-Kinshasa: Opération "mains propres"! 

53 personnes impliquées dans ce détournement

Coup d'éclat au gouvernement ! Le cabinet du Premier ministre accuse la Direction générale des Impôts, la Direction générale des recettes administratives et domaniales, l'OFIDA, l'ONATRA, l'OCC, la SNEL, la Régideso, la Sonas et la RVA d'avoir détourné 1 milliard 300 millions de dollars US. C'est le premier bilan effarant de l'audit initié par la Commission interministérielle d'éthique et de bonne gouvernance. L'opinion souhaiterait que cette opération mains propres aille jusqu'au bout. Sans bluff.

Godefroid Mayobo, ministre près le Premier ministre, a rendu publics hier mardi les premiers résultats de l'audit réalisé, d'un côté, par la Commission interministérielle d'éthique et de bonne gouvernance et, de l'autre, par la Commission de récupération des immeubles et terrains de l'Etat.

Cet audit a porté sur trois régies financières et six entreprises publiques. Il s'agit de la Direction générale des Impôts (DGI), de la Direction générale des recettes administratives et domaniales (DGRAD), de l' Office des Douanes et accises (OFIDA), de l'Office national de transport (ONATRA), de l'Office Congolais de contrôle (OCC), de la Régie des eaux (Régideso), de la Société nationale de l'électricité (SNEL), de la Société nationale des Assurances (SONAS) et de la Régie des Voies aériennes (RVA).

Il ressort de ce constat d'une année de travail qu'un détournement monstre de l'ordre de 1 milliard 300 millions de dollars US a été opéré au sein des entreprises précitées. Quant à la Commission de récupération des immeubles et terrains de l'Etat, le ministre Mayobo affirme que 94 terrains dans le domaine privé de l'Etat et une quarantaine de dossiers dans le domaine public sont concernés. Au total 153 dossiers que les instances judiciaires doivent instruire.

Le ministre Mayobo a confirmé que ses collègues des Finances et du Portefeuille mènent déjà des actions disciplinaires, d'une part, et de remboursement, d'autre part à l'encontre de 53 personnes reconnues coupables de ces indélicatesses.

NE PAS SE LIMITER A L'EFFET D'ANNONCE

Au cours de son point de presse, Mayobo a souligné que, d'ores et déjà, le ministre de la Justice a déposé au Parquet général de la République les dossiers de 17 personnes physiques et 10 personnes morales impliquées dans ces sales dossiers.

C'est un véritable coup d'éclat qui vient de mettre à nu la mauvaise gestion caractérisant plusieurs entreprises publiques. Les observateurs sont convaincus que ce montant colossal n'est que pointe visible de l'iceberg et que ce scandale est susceptible d'éclabousser plusieurs personnalités. Dans le cas d'espèce, l'audit s'est contenté d'un premier échantillon. La commission interministérielle prouverait sa quête de transparence en poursuivant ses investigations dans le secteur minier. Notamment en creusant le fond des contrats qui ont récemment fait l'objet de la révisitation. Sans oublier des incursions dans les contrats initiés par les Travaux publics, les Affaires foncières, les structures de gestion de la dette interne, du secteur pétrolier, etc.

Dans l'opinion, on souhaiterait que la présente «Opération mains propres» aille jusqu'à son terme pour débusquer les détourneurs des deniers publics et leurs commanditaires. En clair, l'opération ne devrait pas se limiter au simple effet d'annonce, destiné à la consommation extérieure. Critiqué pour immobilisme depuis son investiture, le gouvernement devra montrer sa capacité à juguler la mauvaise gouvernance en matière des finances publiques. Et à imprimer une nouvelle mentalité aux fonctionnaires de l'Etat. Dans cette croisade, il ne devra pas hésiter à se débarrasser de tous ceux qui se seraient compromis. Il est donc appelé à nettoyer les écuries d'Augias. Se trouvant aujourd'hui dans une situation financière difficile, à cause de l'absence des appuis budgétaires extérieurs, le gouvernement est condamné à se rabattre sur ses fonds propres, générés particulièrement par les entreprises d'Etat, afin d'exécuter son programme 2008.

POUR ARRETER LA SAIGNEE DES FINANCES PUBLIQUES

Si cette «Opération mains propres» peut lui permettre de rétablir l'Etat dans ses droits, il disposera des moyens de sa politique au titre de budget d'investissements et serait à même de faire face au front social en ébullition. Car, il faudra bien retenir que «Septembre noir» s'annonce à l'horizon, marquant la reprise des cours dans les écoles de la République. Aussi serait-il préjudiciable, de la part du gouvernement, de se lancer dans un «marketing politique suicidaire» en brandissant sans lendemain les résultats de l'audit. Puisque les poursuites judiciaires sont déjà engagées, il a tout intérêt à demander au ministre de la Justice de faire l'état des lieux des premières instructions judiciaires.

Ce type de communication permettra au public de connaître déjà l'identité des premiers présumés coupables de détournement des fonds publics, la hauteur des montants détournés au niveau de chaque entreprise citée. In fine, le peuple jugera le degré de volonté politique du gouvernement de faire de la transparence son cheval de bataille.

Au fond, le gouvernement ne doit pas du tout perdre de vue que cette «nouvelle spectaculaire» intéresse particulièrement les institutions de Bretton Woods. A plusieurs reprises, le FMI et la Banque Mondiale l'accusaient, à mots voilés, d'incapacité pour la maîtrise de ses ressources propres, lesquelles échappent à son contrôle. A plusieurs reprises, appel lui avait été lancé de mettre de l'ordre dans sa boutique plutôt que de continuer à tendre la main aux partenaires extérieurs.

Aujourd'hui qu'il a constaté la gestion calamiteuse dénoncée plusieurs fois par les Syndicats - «la RDC dispose des milliards de dollars qui prennent des destinations inconnues, parce que sous-estimés volontairement à l'avance lors de l'élaboration des prévisions budgétaires» - le gouvernement n'a plus d'excuse pour arrêter en si bon chemin l'opération «mains propres». C'est la seule voie qui vaille la peine pour arrêter la saignée des finances publiques.

Pour rappel...parce que la mémoire est une faculté qui oublie!

Malgré le slogan de rupture :

Des détournements monstres au gouvernement

(Le Révélateur 15/04/2008)

Les procédures peu orthodoxes, l’indiscipline dans les ordonnancements, des sommes colossales détournées du trésor public, encore et toujours la mal gouvernance poursuit son bon homme de chemin dans un pays où le double langage est érigé en système de gouvernance. L’affaire passerait sous silence si une ONG, la Ligue congolaise contre la corruption n’avait pas publié le scandale financier qui s’opère au grand dam du Congolais meurtri dans sa misère.

Selon le rapport d’une soixantaine de page, rapport d’ailleurs incomplet de la Cour des Comptes, près de CDF 64 984 725 528,61 (Francs congolais soixante-quatre milliards neuf cent quatre-vingt-quatre millions sept cent vingt-cinq mille cinq cent vingt-huit centime soixante et un), soit près de USD 120 millions de l’argent du contribuable, en l’espace de deux mois seulement (décembre 2006-février 2007) ont pris des destinations inconnues, sans justification, sans que cela se passe dans l’orthodoxie financière et sans qu’ils ne soient utilisés, pour certains cas, pour ce à quoi ils étaient destinés. Et si on extrapolait sur une période relativement longue !

Après que le petit pan de voile soit levé sur ce qui n’est que la partie visible de l’iceberg de la corruption en RDC, le ministère de budget a lui aussi publié le scandaleux rapport, sur son site Internet, l’Internet où l’accès n’est réservé qu’à moins de 1% de la population congolaise. C’est le ministère de la défense et l’armée qui ont battu le record des détournements des deniers publics. L’audit concerne la période du 1er décembre 2006 au 28 février 2007. Les détournements ont profité d’une part des procédures d’urgence (de la hauteur de CDF 16 376 560 538,15 Francs congolais seize milliards trois cent soixante-seize millions cinq cent soixante mille cinq cent trente-huit, centimes quinze, soit près de USD 30 millions), de l’opacité généralisée dans la gestion de la chose publique mais aussi de la puissance politique, policière et militaire des auteurs de ces actes pour jeter soustraire du trésor public ce qui pouvait profiter à tous.

Tous sont mouillés et éclaboussés; tous se roulent dans la boue à loisir

Le scandale n’épargne personne. Tous les services de l’Etat ou presque, comme de vilains prédateurs qui s’abattent sur la carcasse de leur victime, ont abusé de la mollesse ou profité de la complicité des institutions financières pour saigner à blanc les caisses de l’Etat. Pire encore, plusieurs services ont sorti des millions en espèce du trésor sans se faire identifié. Le ministère de la Défense nationale remporte la palme de l’irrégularité et des détournements enregistrés avec 20 gros dossiers.

Des services non identifiés occupent la seconde place avec 41 dossiers, la Police avec 22, le ministère de l’Intérieur, 8, le ministères des Finances qui devrait pourtant prôner la discipline et prêcher par l’exemple 8, Primature, 3, le ministère des Infrastructures, Travaux publics et Reconstruction, 11 dossiers, la Banque congolaise, 166 dossiers, les régies financières, 5, Carburants et lubrifiants, 97 dossiers. On y retrouve également des traces des anciennes vice-présidences, de la Banque centrale du Congo, du Sénat, de l’Assemblée nationale, 42, bref tous ont trempé dans la magouille et la corruption.

Selon le rapport, des manœuvres dilatoires et des obstructions ont été enregistrées de la part des services enquêtés, notamment au ministère des Finances ou à la Primature. D’autre part, les auditeurs se sont retrouvés devant des faits accomplis où des traces des opérations ont disparus, soit au niveau de l’ordonnancement ou à la destination. Certains criminels ont tout simplement fait mauvais usage de la loi pour réfuter tout contrôle. C’est le cas de la Commission électorale indépendante.

Une vraie pieuvre avec tentacules dans les hautes sphères de l’Etat

La maffia a utilisé le maillon faible de la lutte contre la corruption en RDC, c’est-à-dire la passation de marchés des travaux publics et des fournitures où d’énormes commissions occultes sont distribuées. Ici le jeu est simple. Interférence des autorités politiques dans la passation des marchés, ce qui contourne l’adjudication publique sur la quasi-totalité (4 sur 11) des marchés publics, exécution de marché avant l’obtention de la lettre de commande. Le scénario est classique à Kinshasa. Un vieux tracteur complètement déglingué arrive sur les lieux qui sont d’ailleurs son cimetière. Les ouvriers cassent tout et disparaissent corps et bien. La population n’a plus que des yeux pour pleurer.

Ce scénario a été vécu dans la commune de Kalamu, dans le dossier de la réhabilitation des avenues Kasangulu et Ezo, confié en septembre 2006 à l’Entreprise Stever Construct par le ministre des Finances Marco Banguli dans le cadre d’une ASBL pro-PPRD, la CODEK (Convention pour le développement de Kinshasa, du pure style FROJEMO de triste mémoire). Montant de la commande : USD 2 172 169,09 dont USD 191 918,55 pour les études, le contrôle et la surveillance, et USD 235 536,41 pour l’impôt.

L’entreprise perçoit en date du 31 janvier 2007 USD 1 217 086,40. Déjà à ce stade, on perd la trace de USD 86 215,05, soit 40% du montant du marché. Prévus pour 120 jours, les travaux sont ‘‘à l’arrêt avant même la régularisation’’. Avec l’état de délabrement avancé de l’avenue Université, Kasangulu n’est plus que l’ombre d’elle-même. Tous le flux vers ou en provenance de Ngaba, UNIKIN, Mont-Ngafula n’ont fait de cette artère secondaire qu’une bouchée.

Près de USD 4 117 733,49 sur les dossiers des travaux publics de la période sont parti en fumée. Le gouvernement n’a bougé aucun doigt pour récupérer l’argent public. Tout le monde sait pourquoi.

Bref, le rapport n’a perçu aucun caractère urgent dans l’exécution des opérations auditées dans la période. Plusieurs paiements ont été effectués hors chaînes des dépenses et nombre d’entre elles ont été régularisés ou pas du tout à ce jour. Un accroissement de 218 % a été enregistré sur le solde de dépenses urgentes dans la période. La Cour des Comptes a même repéré un vrai charabia dans l’écriture comptable : ‘‘Virement apurement de refinancement de la Banque Congolaise’’ pour brouiller les traces de près de CDF 10 497 642 376, 74.

Un autre cas scandaleux

Le rapport fait également état d’un contrat passé entre le gouvernement et une certaine maison OMEGA Trading Company´s a bénéficié de 3 commandes de fourniture des produits pharmaceutiques et divers pour les FARDC. L´initiative des commandes proviendrait de l´Etat Major des armées. Ce qui est à nouveau scandaleux dans le dossier, c’est la procédure. Dans le cadre ‘‘ekosala nini’’, si c’est la finalité qui compte. Suivons la LICOCO : Le Ministre de la Défense a introduit une commande à la maison OMEGA. Faute de crédit budgétaire dans son ministère, celui-ci intéressera son collègue de la Santé Publique, qui gère le crédit PPTE du secteur médical.

Le ministre de la Santé intervient dans le paiement de la commande et l´avenant en changeant l’objet de la commande : Appui à la révitalisation des zones de santé. Deux bons d´engagements sont émis, l´un au cabinet du ministre de la Santé et l´autre par le Secrétariat général à la Santé pour la commande et de l´avenant. Le montant du marché est de USD 5 429 172,34 dont la commande de USD 3 595 419,57 et l’avenant: USD 1 833 752,73.

Régime du marché: de gré à gré par la décision du Ministre de la Défense nationale.

Le rapport fait observer l’absence de facture définitive, l’absence de cahier des charges, de bordereau de livraison, de PV de réception, de la lettre d´invitation pour la livraison finale, de la décision du conseil d´adjudication. Le fournisseur OMEGA justifie cet état de chose par le refus de l´armée à réceptionner des produit devant une Commission ad hoc, dans les entrepôts du Ministère de la Santé, ‘‘alors que sur le dossier physique déposé par le fournisseur OMEGA, le rapport signale une commission de réception des produits constituée de 5 colonels’’ des FARDC.

S’il faut projéter par rapport à la période et extrapoler au regard des montants détournés, il y a fort à parier que des millions de dollars des contribuables congolais ont pris la direction des bourses privées de nos dirigeants et que le peuple congolais en a encore pour longtemps à attendre que l’éradication de la corruption quitte le stade de slogan. Voici une explication au boum de l’immobilier observé à Kinshasa sans qu’il y ait effet sur l’économie:  l’argent sale.

Le Révélateur :

La corruption en RDC a atteint son paroxysme

Par Freddy Kilubi

Le Phare, 14 janvier 2008

L’Organisation non gouvernementale, Transparency International a présenté vendredi, au centre Béthanie à Gombe, les conclusions de son étude sur « le Système national d’intégrité de la Rdc », réalisée par l’Institut Berci au cours de l’année 2007.

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L’état de la corruption en RDC

Selon ce rapport, le phénomène de corruption en RDC a atteint un niveau systémique qui mérite non seulement une identification secteur par secteur ou acteur par acteur, mais aussi une recherche approfondie des sources de cette dérive ainsi que des motifs de sa reproduction intensive, accélérée et généralisée pendant la transition embrassant toute la vie nationale au niveau de l’Etat, de la société et des individus.

Dans le cadre de cette étude, les manifestations de la corruption en RDC sont regroupées ici en deux catégories distinctes pour des raisons d’analyse : la corruption transfrontalière et la corruption interne. Cependant, cette distinction n’est qu’artificielle car ces différentes manifestations de la corruption sont en interaction constante, se nourrissant les unes les autres dans leurs causes comme dans leurs effets.

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Il s’agit notamment, de la fraude documentaire et physique, des extorsions ou tracasseries humiliantes, des détournements de salaires des agents de la fonction publique et de l’armée, la corruption sexuelle, des honoraires sous table, la contribution des parents, de détournement de l’aide extérieure, le coupage, le transport, la motivation et la compensation, de la corruption judicaire, la corruption législative, des commissions illégales, augmentation imprévisible des prix des produits de sociétés etc.…

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Pour payer leurs alliés, leurs milices, ou simplement pour s’enrichir, les autorités congolaises ont créé au cours des années des joint-ventures avec des entreprises étrangères, en faisant main basse sur d’énormes concessions minières qui se sont caractérisées par le non respect des obligations sociales et du nouveau code minier. Une commission parlementaire a estimé que les pertes depuis le début de guerre 1996 s’évaluent à USD 11 milliards, soit près de deux ans de PIB.

( ... )

Dans le domaine douanier le manque à gagner dû à la fraude s’élevait jusqu’à USD 12 millions par mois dans les années 1990. Depuis, elle s’est particulièrement accrue dans les postes frontaliers à l’Est du pays.

Pendant les quatre années séparant les accords de paix et la fin du processus électoral, la corruption a battu ses propres records: entre les deux tiers et les trois quart des recettes fiscales n’ont jamais atteint les caisses de l’Etat47. Par ailleurs, dans le domaine fiscal, lors de son dernier rapport conjoint en 2005, la Cour des comptes et l’Inspection générale des finances ont dévoilé un stratagème de fraude à la Direction générale des impôts (DGI) qui a facilité le détournement d’au moins USD 28 millions. Il s’agit de crédit d’impôts fictifs vendus aux entreprises privées les plus importantes du pays leur permettant de bénéficier d’une exonération « légale » d’impôts.

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En juin 2005, un montant de 50 millions de francs congolais (environ USD 100 000) destinés aux salaires des fonctionnaires et agents de !’Etat du service des anciens combattants de la province du Bandundu aurait été détourné par l’agent payeur du service. Mais après avoir été incarcéré quelques temps, le responsable sera relâché sur ordre du parquet local sans autre forme de procès.

Actuellement, environ USD 6 à 8 millions sont décaissés par mois pour la solde des soldats. Environ, 50 pourcent de cette somme n’arrivent pas aux destinataires.

La corruption sexuelle

Les recrutements ainsi que les promotions et les affectations en général se monnayent, aussi bien dans l’administration que dans l’armée où les femmes sont parfois sujettes à la pratique d’avoir des rapports sexuels auprès de leur supérieur hiérarchique pour avoir une affection55. Selon une femme militaire à Kinshasa, « On est obligé de respecter les ordres du chef, car le service militaire est un service commandé. Donc, on est obligé d’accepter d’avoir des rapports sexuels avec lui pour obtenir un détachement ... Cela s’appelle « leisa mpunda » c’est-à-dire « nourrir le cheval » ». Ce phénomène a aussi été documenté dans les universités et les écoles secondaires où les professeurs octroient aux étudiantes ou élèves les notes nécessaires à la réussite scolaire contre des avantages sexuels.

Les honoraires sous table

La pratique des «honoraires sous table» se manifeste surtout dans le secteur de la santé. Aucun service ne peut être offert au malade dans les établissements publics sans qu’un pot-de-vin ne soit payé en dépit des dispositions légales qui condamnent tout refus de porter assistance à une personne en danger, et du sens contraignant des serments que prêtent les professionnels de santé à leur entrée en exercice de fonctions les obligeant à traiter le malade avant toute considération matérielle.

Cette pratique est liée aux salaires modiques dans le secteur. Un barème de salaires distinct de celui des autres fonctionnaires de la fonction publique attribué aux professionnels de santé en 1993, n’a pas supprimé la corruption.

Le salaire du médecin oscille entre 17 000 et 35 000 francs congolais (environ USD 35 et 70) par mois pour un médecin en chef 4e échelon (équivalent au grade de Directeur général de la fonction publique). Une prime mensuelle de 170 000 francs congolais (environ USD 340) est allouée aux médecins de cette catégorie. La situation est plus que déplorable pour les autres catégories des professionnels de santé. En outre, le pire est surtout que les détournements de ces modiques salaires se font au niveau des provinces. La plupart de ces professionnels de santé accusent parfois plusieurs mois de retard de paiement ou alors ne touchent que la moitié ou le quart de leur droit. Selon une femme à Kinshasa, « Ce que le gouvernement devrait faire en priorité, c’est améliorer les salaires des médecins qui ont cinq mois de retard de salaire. Cela les démotive. »

(...)

Le détournement de l’aide extérieure

En 2004, le président de la Cour des comptes de la RDC estimait que « 30 pourcent de la dette de la RDC est entrée dans la corruption » (USD 3,9 milliards62). Des routes, des hôpitaux, des édifices inachevés ou en état de délabrement, peu de temps après leur réhabilitation, sont les aspects les plus visibles du détournement de l’aide extérieure en RDC. De nombreux articles de presse ont démontré des « incroyables failles dans le système de financement au développement de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement (BAD), de la Commission européenne (EU) et autres».

Dans la soumission et la passation des marchés publics, la corruption sert à influencer le choix des fournisseurs de biens et de services à l’État, et avoir une incidence sur les modalités exactes de ces contrats d’approvisionnement et leur renouvellement au cours de l’exécution des projets.

Dans le domaine de la santé, par exemple, la population n’a pas vécu une véritable amélioration des soins de santé, alors que la santé est l’un des domaines prioritaires de l’aide extérieure.

Parfois, des marchés publics ont été octroyés sans respect « rigoureux » de la procédure en la matière (pas de cahier spécial de charge, pas d’appel d’offres, pas de soumission, pas de séance d’ouverture publique des offres, ou encore pas de PV de choix des entreprises chargées d’exécuter les travaux ou de livrer les fournitures) ; parfois, les termes de références semblent être de telle sorte que seules les ONG de droit étranger sont en mesure de remplir les critères, ou ils semblent établis sur « mesure ».

Parfois des organismes d’aide bilatérale deviennent eux-mêmes soumissionnaires pour la réalisation des marchés financés par un autre pays donateur»; créant ainsi une concurrence déloyale pour les entreprises locale qui peut être en violation des lois, des règles et des codes d’éthique établis dans leur propre pays.

Dans le domaine des infrastructures, les travaux de réhabilitation des tronçons routiers financés par la Banque mondiale ont parfois été accordés à des entreprises sans expertise et ne disposant pas de la logistique nécessaire sous base du critère du « moins disant ». Il suffisait à un entrepreneur de présenter l’offre la plus basse pour se voir attribuer le marché quitte à l’augmenter plus tard via le système d’avenants après s’être rendu compte que le marché ne pouvait pas être réalisé avec le montant proposé lors de la soumission initiale. Aujourd’hui un bon nombre de travaux entrepris sont à refaire en raison du non respect des cahiers des charges. Parfois les marchés les plus importants de réhabilitation routière avait pour actionnaire des responsables cités dans les rapports des pillages de l’ONU 67.

Pourtant,’ le Bureau central de coordination lors de chacune de ses opérations de passation de marchés à faire signer aux firmes candidates à l’attribution des marchés une clause imparable anti-corruption.

Parfois le bailleur de fonds verse sa part de contribution d’appui au fonctionnement de l’administration sous forme de subsides en fonds de contrepartie. Dans cette contribution figurent notamment des primes allouées aux personnels en vue de suppléer à la modicité des salaires. Le bailleur ignore tout de l’effectif et de la modalité dont les agents ont été recrutés.

(...)

Des commissions illégales, fantômes

La Présidence de la République ainsi que certains ministères du gouvernement de transition ont été jusqu’à percevoir des commissions sur des créances dues à l’Etat congolais.

Parmi les exemples les plus fragrants est celui dénommé « le scandale de la Société nationale d’électricité (SN EL) » où plusieurs autorités de l’Etat, après avoir été mis en cause par la commission «Bakandeja » dans les détournements de fonds, se défendent en reconnaissent publiquement avoir perçu une «commission» de plusieurs millions de dollars lors de la transaction qu’ils auraient reversée les uns à leurs ministères, les autres à la présidence. Selon les médias, pour le compte de leur rédaction respective un cachet dont la hauteur est fixée au gré des organisateurs, de manière à les motiver pour rédiger absolument, voire favorablement, l’article. »

(...)

Une coalition de prédateurs tient la RD Congo à la gorge

Le Phare, 7 mai 2007

Par Jean N’Saka Wa N’Saka

Même si Mobutu avec sa famille, ses collaborateurs brevetés de l’Institut Makanda Kabobi et ses généraux avaient systématiquement pillé et ruiné le Congo-Zaïre, l’ampleur des dégâts causés aux ressources du sol et du sous-sol du pays n’a pas été autant épouvantable que celle qui se poursuit depuis 1997 avec l’AFDL jusqu’à ce jour. Le rapport d’experts de l’Onu avait révélé l’énormité des déprédations causées à ces ressources par les camarades « libérateurs » et leurs alliés Rwandais et Ougandais.

En moins de quatre ans, la fortune d’individus tirée de ce pillage par les dirigeants de Kinshasa et planquée à l’étranger était évaluée à cinq milliards de dollars (5.000.000.000) américains.

Le scandale était tel qu’il avait fait venir l’eau à la bouche des vautours de tous les horizons de la planète qui se sont alors invités au festin. Ils ont parrainé le dialogue, téléguidé la transition et confisqué le processus politique et électoral du début à la fin. En matière de prédation, tous les records détenus par les « libérateurs » de l’AFDL ont été battus, de 2001 jusqu’aujourd’hui. On dirait qu’un gentleman’s agreement a été alors conclu, réservant l’espace politique aux complices locaux et l’espace économique aux parrains extérieurs. 

Depuis lors, la RDC était mise en coupe réglée. Les ressources du sol et du sous-sol : minerais et sociétés minières, forêts, gisements pétrolifères, ressources énergétiques etc. devenaient ainsi les biens sans maître à la disposition d’une coalition des prédateurs activement à l’œuvre. Des avalanches de contrats léonins tombaient et tombent encore indéfiniment, dépouillant le pays de toutes richesses. Aux termes d’un pacte diabolique secret, on aurait dit aux acolytes locaux de se contenter de l’espace politique qu’on leur donnait sur un plat, tandis que les autres se réservaient le monopole de l’espace économique.

La Miba à Mbuji-Mayi au Kasaï Oriental et la Gécamines à Lubumbashi au Katanga ne sont plus aujourd’hui que les entreprises d’Etat nominales, dont les concessions ont été émiettées et cédées pour la plupart à des particuliers étrangers sans bourse délier, et qui en sont devenus les propriétaires d’un coup de baguette magique. Depuis deux semaines, les travailleurs de la Miba débrayent, du fait qu’ils ne sont pas payés il y a nombre de mois. Et pourtant les shipments des carats des diamants de la Miba n’ont jamais cessé d’être écoulés sous les régimes de l’AFDL, de la transition et celui actuel de la IIIème République.

(...)

« La Gécamines au Katanga est logée à la même enseigne que la Miba au Kasaï Oriental. Tuée et dépecée comme un éléphant, elle est aliénée à plus d’une quarantaine de sociétés dont les propriétaires, venus les mains vides en RDC, comptent aujourd’hui parmi les grands exportateurs de cuivre, de cobalt, de germanium, de fer, d’argent, de métaux associés. Nuit et jour, des tonnes de minerais quittent la RDC par le Katanga via la Zambie ou la Tanzanie vers l’étranger, au profit d’individus ou groupe d’individus au nez et à la barbe de l’Etat congolais.

La Gécamines a même été dépossédée de ses propres usines qui sont devenues les propriétés de ces investisseurs sans capitaux propres d’origine. Ces contrats léonins qui favorisent le pillage scandaleux des ressources nationales par les monteurs de sociétés fictives dopés par le trop libéral code minier, plusieurs fois critiqué par certains candidats pendant la campagne électorale. On laisse fuir nuit et jour des millions de dollars, et en même temps on crie à la misère et on implore la Communauté internationale d’aider la RDC en contribuant au budget du gouvernement à raison de plus de 50 % du montant global ! On ne peut se prévaloir de la souveraineté de son pays et de son patriotisme quand le sens de l’honneur et de la dignité fait cruellement défaut dans les faits et gestes illustratifs de l’éthique et de la grandeur de l’homme. Comment les bailleurs de fonds et les investisseurs sérieux peuvent-ils avoir de l’estime pour un pays qui se complait dans un libéralisme innommable et sans précédent dans l’histoire du monde ?

La symbiose entre l’espace politique et économique coalisés pour ruiner le pays, fait de la coopération au développement une distraction comparable à la forêt cachée par les arbres. Nous semblons manquer de moyens pour nous développer et vivre dans le bonheur, alors que nous sommes comblés d’immenses ressources que nous aliénons aux autres qui en font leurs choux gras. C’est vraiment étrange et dommage pour notre pays !

2007-05-07

Texte distribué par:

Mwalimu Kadari M. Mwene-Kabyana, Ph.D.

2311 rue Centre

Montréal (Québec)

Canada

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