Victoire écrasante, reconnaissons-le, même si pour l´occident Jacob Zuma n´aie pas été leur candidat favori. Après tout, il s´agit de l´Afrique du Sud, pas d´un pays occidental. Et cependant, la question la plus poignante est : cet homme sera-t-il en mesure de dégeler l´impasse sud africaine enfermée dans l´équation Clinton, laquelle divisa ce pays en blanc possesseur du pouvoir économique et en noirs titulaire du pouvoir politique ?

 

Un homme fort pour réunifier une nation divisée ?

 

On lit de partout : le Berlusconi noir, un politicien à la veste tachée, etc, etc. On a compris : les promesses sociales que Zuma avait fait à son peuple pendant les élections ne plaisaient pas aux occidentaux dont les intérêts économiques avaient été, lors de la libération de Mandela, mis au sec avec une équation blancs - noirs, les uns maîtres de l´économie, les autres tribuns de la majorité du peuple. Cette équation ne pouvait plus en rester là, dans l´intérêt autant de la majorité noire que de celle de la véritable unité Sud Africaine. Car les noirs ne pouvaient pas supporter longtemps encore de porter le lot le plus pénible de la nation dans les bidonvilles insalubres, sans emplois et sans perspective autre que la pauvreté tandis que les blancs, eux vendaient leurs minerais et métaux précieux et buvaient champagne dans le luxe et l´abondance.

Si cela s´appelait démocratie comme certains africains le prétendaient par naïveté et certains occidentaux par suffisance parce que cette situation les avantageait ; il faut croire que la démocratie est une belle fausseté ou un piège dans lequel le noir ou l´Africain du Sud avait tiré la courte paille. Or, logiquement, la démocratie doit réaliser le bien-être de la majorité…Pas en Afrique, pas envers les noirs ? Qui a dit cela, de quelle théorie de la démocratie s´agit-il ? De l´Apartheid de nouveau ? L´équation sociale Sud africaine est l´exemple même du contentieux politique et économique qui oppose l´Afrique post coloniale aux occidentaux : malgré la décolonisation, et malgré la fin de la domination absolutiste des blancs en Afrique, ils se sont arrangés pour conserver le nerf réel du pouvoir : la mainmise sur l´économie et les finances des africains.

En Afrique du Sud la situation a été encore plus trompeuse dès lors que les noirs exerçaient le pouvoir politique selon la bonne formule mystifiante de Bill Clinton. Jadis tout le monde acclama pour fêter la libération de Mandela, mais aujourd´hui, cette formule rendait-elle justice à tous ; garantissait-elle l´unité sociale Sud Africaine ? Pas du tout, trop de noirs étaient exclus d´un bien-être légitime que les blancs leur refusaient en investissant en occident plutôt que dans l´avenir de ceux dont ils profitaient des ressources et du travail. Là était le vrai dilemme : l´économie sud africaine ne se développait pas assez vite pour réunir le plus rapidement que possible les pauvres noirs des townships autour de la richesse actuelle de l´Etat Sud Africain.

Aussi, ce que la majorité de la population sud africaine attendait de son leader Jacob Zuma, c´est qu´il vienne briser cette situation corrompue et redonner à la démocratie sud africaine un visage d´équilibre et de responsabilité partagée en intégrant rapidement économiquement tout le monde. Le pourra-t-il ? Les blancs ont-ils compris que cette démocratie trompeuse et déséquilibrée n´était ni souhaitable ni, à la longue, acceptable ? Tel est l´enjeu actuel en Afrique du Sud. Il ne s´agit pas, comme on le crie actuellement à Obama faussement aux Etats-Unis, de communisme ou de socialisme. Il s´agit seulement de rendre à la démocratie faussé son visage le plus équitable et juste, afin que l´union sociale Sud Africaine soit, dans l´économie comme dans la politique, achevée. Ou du moins que ce déséquilibre méprisant prenne fin en ouvrant à la majorité noire un nouvel espoir légitime de réalisation.

Musengeshi Katata

"Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu"

 

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